TAKAD 2026 : Frank Thierry Léa Malle, le cinéma camerounais en lice à Libreville

Le réalisateur camerounais Frank Thierry Léa Malle est nommé aux TAKAD 2026. Ses films, son parcours et la cérémonie du 19 décembre à Libreville.

CINÉMA

Guy Etom

11/3/20266 min read

Léa Malle
Léa Malle

Le réalisateur d'« Innocent(e) », de « L'Accord » et d'« Agents un peu trop secrets » figure parmi les nommés de la 7e édition des TAKAD, The African Kotas Awards Distinctions. Verdict le samedi 19 décembre 2026 au Palais des congrès de Libreville, pour une édition que le Cameroun co-organise cette année avec le Gabon.

Dix ans après avoir créé sa maison de production à Yaoundé, Frank Thierry Léa Malle voit son nom inscrit sur une liste panafricaine. Il est en lice dans la catégorie "Réalisateur africain de l'année", au milieu de personnalités venues de tout le continent et d'un palmarès qui mêle musique, médias, entreprise, sport et cinéma.

La nomination tombe à point nommé. Le Cameroun partage en 2026 l'organisation de la cérémonie avec le Gabon, et ses talents se présenteront à Libreville un peu comme à domicile.

Les TAKAD, d'une cérémonie gabonaise à un rendez-vous continental

TAKAD signifie The African Kotas Awards Distinctions. Le projet est né au Gabon, à l'initiative du promoteur Hercule Nze Souala. Son nom fait écho aux Kota, peuple de l'est gabonais dont les figures de reliquaire en cuivre et en laiton sont exposées dans de nombreux musées.

Au départ, l'événement récompensait surtout des Gabonais. En décembre 2023, la 3e édition était programmée au Jardin botanique de Libreville, organisée par le cabinet Global Business Consulting et Focus Groupe Média sous le thème « Le retour aux sources ». Citoyens, entreprises et personnalités y étaient distingués pour leur année.

Le virage panafricain s'est confirmé avec la 6e édition. Annoncée pour fin décembre 2025 à Abidjan, elle s'est finalement tenue le vendredi 23 janvier 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, avec dix-sept pays en compétition.

Le TAKAD d'Or, attribué à la personnalité ou à l'entreprise qui cumule le plus de votes, est revenu à Ali Yattassaye, reparti avec un chèque de 25 millions de FCFA. Fally Ipupa a reçu le prix de Légende africaine. Des distinctions honorifiques sont allées à plusieurs chefs d'État, dont Alassane Ouattara, Brice Clotaire Oligui Nguema, Bassirou Diomaye Faye et Patrice Talon, ainsi qu'à des hommes d'affaires comme Aliko Dangote ou Mahamadou Bonkoungou, PDG du groupe EBOMAF.

Le cinéma a sa place dans ce palmarès. En 2025, les 33 distinctions officielles étaient réparties en cinq domaines : Musique & Performance, Humour, Cinéma & Réseaux, Médias & Communication, Entrepreneuriat & Impact, Sport & Image. Le pôle cinéma comprend notamment les prix de Réalisateur africain de l'année, Film africain de l'année, Série africaine de l'année et Acteur africain de l'année.

Une 7e édition co-organisée par le Cameroun

La cérémonie se tiendra le samedi 19 décembre 2026 au Palais des congrès de Libreville, dans la Cité de la Démocratie, sous le haut patronage du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema. Thème retenu : « L'Afrique, continent d'avenir et d'opportunités pour l'humanité ». Dix-sept pays africains sont annoncés.

Pour Hercule Nze Souala, l'édition court du 1er octobre au 19 décembre, avec le Cameroun comme co-organisateur. Le fondateur évoque un budget de près de 800 millions de FCFA et veut faire des TAKAD un lieu de rencontre entre entrepreneurs et bailleurs de fonds. « Nous souhaitons véritablement travailler avec les meilleurs du continent africain », a-t-il déclaré à Douala.

Le volet camerounais a démarré fin août. Une délégation conduite par le fondateur a séjourné à Douala du 19 au 26 août, avec le vice-président ivoirien Lassane Oularé et la chanteuse Queen Eteme, présidente d'honneur du comité d'organisation international et présidente du comité local Cameroun. Un Meet & Greet a réuni médias, acteurs culturels et opérateurs économiques le 22 août au Bano Palace, à Akwa.

Yaoundé a pris le relais le 28 août avec un Concert de l'Unité africaine au Village Noah, porté par Queen Eteme et Tsimi Toro. Fin août toujours, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a reçu une délégation du comité d'organisation conduite par Lassane Oularé.

Frank Thierry Léa Malle, dix ans de cinéma depuis Yaoundé

De Douala à l'université de Yaoundé I

Frank Thierry Léa Malle est né le 31 mai 1987 à Douala, de parents originaires d'Abong-Mbang, dans l'Est, et de Nkongsamba, dans le Littoral. Il fait ses études secondaires au lycée de Kumba, dans le Sud-Ouest, puis décroche un master en Arts du spectacle et cinématographie à l'université de Yaoundé I.

En 2016, il fonde à Yaoundé Inception Arts & Com, la société qui portera ses trois longs métrages.

Le court métrage comme école

Tout commence cette année-là. Son premier court, « Mes vampires », circule dans cinq festivals internationaux, dont Mis Me Binga à Yaoundé. « Point de vue » remporte le prix du meilleur scénario au concours « 10 jours pour un film », lancé par le festival Écrans Noirs avec la GIZ et la KfW autour du thème « Le genre en action ».

En mai 2017, un stage professionnel à Berlin débouche sur « Hands », coproduit par le Goethe-Institut de Yaoundé et FilmArche, qui confronte deux regards sur l'immigration vers l'Allemagne. Puis vient « Angles » (2018) : un camion perd ses freins en descendant une colline de Yaoundé et fauche plusieurs piétons.

Corruption, gouvernance, insécurité routière : « Angles » prend la première place au RIFIC 2018. S'y ajoutent le prix He for She au festival Mis Me Binga 2017 et le Golden Yamfa à l'Afrika Film Festival de Louvain, en Belgique.

Trois longs métrages en six ans

« Innocent(e) » (2019) marque le passage au long. Coproduit avec Canal+ et tourné entre Yaoundé et l'Est, ce thriller judiciaire part d'une affaire de meurtre mêlant une adolescente de 17 ans et un homme politique. Axel Abessolo, Tatiana Matip, Daniel Leuthe, Landry Beyeme, Passy Ngah et Joséphine Ehana sont à l'affiche.

Présenté en avant-première le 23 décembre 2019 à Yaoundé, le film est nommé pour le Nil d'or au Festival du film africain de Louxor 2020. Il ouvre le 7e Festival Yarha en novembre 2020 et obtient le prix du jury à Africlap la même année. En 2021, les LFC Awards lui attribuent le prix du meilleur scénario de long métrage, « Angles » repartant avec celui du court.

« L'Accord » (2022) suit Flora Mebwoua, 18 ans, élève de terminale issue d'une famille modeste, jouée par Vanessa Ambassa. Pour étouffer un scandale, les parents de Cédric (Jakin Touwole) proposent à la famille de Flora une forte somme contre un accord de confidentialité.

Produit par Inception Arts & Com avec Canal+ International et la participation de TV5 Monde, le film reçoit une mention spéciale du jury à Louxor en 2022, puis le Kama d'or aux Rencontres cinématographiques de Cotonou. À Yaoundé, la projection du 21 avril 2022 au Palais des Congrès affiche complet. Le réalisateur disait alors vouloir remettre le cinéma camerounais « à sa juste place ».

Changement de ton en 2025 avec « Agents un peu trop secrets », sa première comédie. Joseph, agent de l'agence du patrimoine, se voit refuser pour la septième fois le poste de directeur qu'il occupe par intérim. Furieux, il monte un piège pour que le nouveau patron perde le document le plus précieux de la maison : le titre foncier du pays.

Le rôle principal a été écrit dès 2020 pour Rigobert Tamwa, alias Eshu, entouré notamment de Valéry Ndongo, Joys Sa'a, Delpiso Manga, Carlès-Antonio et Urbain Nyamsi. Le film sort le 14 mars 2025 à CanalOlympia Yaoundé, salué par Cameroon Tribune comme un « James Bond » à la camerounaise.

La production, indépendante, a eu du mal à boucler son financement malgré la participation de TV5 Monde et de Canal+.

Un cinéaste qui transmet

En février 2026, l'Union européenne l'invite au 4e Festival du film européen au Cameroun. Il y anime à Ebolowa, le 16 février, une masterclass sur le cinéma et les nouvelles technologies.

Le 20 février, à la Libre Académie des Beaux-Arts de Douala, il défend le thème « Cinéma et engagement social » en projetant « Angles » devant étudiants et professionnels. Le festival programme aussi « Agents un peu trop secrets » à l'IUGET de Bonamoussadi.

Les femmes, la justice et le point de vue

D'un film à l'autre, les mêmes questions reviennent : le viol, la justice, le pouvoir politique, les écarts entre riches et pauvres. Cameroon Tribune relevait dès « Innocent(e) » sa volonté de défendre la cause des femmes, dans la continuité du prix He for She reçu en 2017. Ses héroïnes sont indépendantes et assument leurs choix.

L'autre marque de fabrique tient à la construction. Léa Malle aime croiser les regards et faire exister plusieurs personnages à la fois, à la manière d'un film choral, une technique qu'il dit tenir de sa lecture d'Alexandre Dumas. « Point de vue », « Angles » : les titres de ses courts le disaient déjà.

Avec « Agents un peu trop secrets », il met ce goût du récit collectif au service d'une satire de l'administration, tournée dans des décors que tout Yaoundé reconnaît, de l'avenue Kennedy au petit-déjeuner beignets-haricots-bouillie. Le pari : faire revenir le public camerounais dans les salles.

Rendez-vous à Libreville le 19 décembre

Jusqu'ici, Léa Malle a surtout bâti son palmarès devant des jurys de festivals, de Louxor à Cotonou. Les TAKAD lui offrent une autre vitrine, plus grand public, où le cinéma côtoie la musique, le sport et l'entreprise.

Le réalisateur repartira-t-il de Libreville avec un trophée ? Réponse le samedi 19 décembre au Palais des congrès. D'ici là, la compétition se suit sur takad.online, la plateforme officielle de l'événement.