La Mostra de Venise couronne « La Maison du vent », premier film camerounais récompensé depuis un demi-siècle
Le film camerounais « La Maison du vent » d'Auguste Bernard Kouemo Yanghu remporte deux prix à la Mostra de Venise 2026, marquant le retour du Cameroun dans la compétition après cinquante ans.
CINÉMA


Le réalisateur camerounais Auguste Bernard Kouemo Yanghu a reçu deux distinctions majeures samedi 12 septembre 2026 à Venise pour son premier long métrage, « La Maison du vent ». Le film clôt ainsi une absence de plusieurs décennies du cinéma camerounais dans les grandes compétitions internationales et relance, à quelques mois du Festival Écrans Noirs, la question de la place de ce cinéma sur la scène mondiale.
Un retour attendu depuis cinquante ans
Sélectionné parmi les dix-neuf longs métrages de la compétition Orizzonti à la 83e Mostra de Venise, « La Maison du vent » représentait à lui seul le continent africain dans cette section consacrée aux nouvelles écritures du cinéma mondial, une compétition dédiée aux nouvelles tendances du cinéma mondial et au renouvellement des formes narratives. Sa présence marquait le retour du Cameroun à la Biennale de Venise après plus de cinq décennies d'absence dans cette sélection.
Au terme du festival, le jury présidé par Carolina Cavalli lui a attribué le Prix spécial du jury Orizzonti ainsi que le Lion du futur, prix Luigi De Laurentiis, réservé aux premières œuvres présentées dans l'une des sélections de la Mostra. Les deux récompenses ont été annoncées lors de la cérémonie de clôture de la 83e édition. Ce second prix, remis sur la scène de la Sala Grande par Gabriella Buontempo, présidente de la Fondation du Centro Sperimentale di Cinematografia, en est à sa trentième édition et s'accompagne d'une dotation de cent mille dollars, partagée entre le réalisateur et son producteur.
Une œuvre née d'une histoire de famille
Tourné en français et en bafang, le film dure 102 minutes et raconte le quotidien de Josette, une octogénaire de Yaoundé restée seule après le départ de ses six enfants pour l'Europe. Chacun installé dans un pays différent, ils ne reviennent que par appels vidéo interposés ; Josette, elle, s'accroche à l'idée de leur faire construire des maisons au pays pour les convaincre de rentrer. Sa rencontre dans un cybercafé avec une jeune femme du quartier bouleverse peu à peu cette routine et donne naissance à une amitié entre deux générations.
Le personnage n'est pas une fiction lointaine pour Kouemo Yanghu. Il s'inspire directement de sa propre mère, Josette Kwanya, qui interprète également le rôle à l'écran. Le film s'appuie sur une histoire personnelle, intime et sensible d'une amitié improbable entre une mère âgée et une jeune femme énergique de la capitale camerounaise. Le tournage s'est déroulé alors que Josette Kwanya était déjà malade ; elle est décédée avant la sortie du film, qui se referme sur une dédicace portant ses dates de naissance et de mort.
Une équipe panafricaine et une coproduction à plusieurs continents
Derrière la caméra, on retrouve la directrice de la photographie Eva Sehet, les monteurs Ewin Ryckaert et Geoffroy Cernaix, ainsi qu'une bande originale signée Michel Duprez et du musicien camerounais Blick Bassy. Le film réunit à l'écran, aux côtés de Josette Kwanya, les comédiens Babetida Sadjo, Tatiana Rojo, Adrien Jolivet et Moudjeu Pouadeu.
La production associe Horizons d'Afrique au Cameroun, La Mansarde Cinéma en France, Steel Fish Pictures en Belgique et Merveilles Production au Bénin, avec le soutien du Red Sea Fund et du Doha Film Institute, une répartition qui reflète la dispersion des familles africaines à travers le monde, thème central du film. Les ventes internationales sont assurées par la société parisienne Celluloid Dreams.
Ce premier long métrage prolonge un parcours entamé dans le court métrage : Kouemo Yanghu avait déjà été distingué pour « Waramutseho ! », primé au FESPACO 2009, au festival FESCAAAL de Milan la même année, puis au Festival international du film d'Amiens.
Ce que ces prix disent du cinéma camerounais aujourd'hui
Au-delà du palmarès, « La Maison du vent » touche à des questions que le Cameroun contemporain connaît bien. Le film se déroule sur fond de débats présidentiels télévisés autour d'une interrogation récurrente : celle de la possibilité, ou non, de construire un avenir dans le pays. Cette question traverse le film de bout en bout et interroge les raisons qui pourraient pousser de jeunes émigrés à revenir, ainsi que les récits que l'on se fait du Cameroun, depuis l'Afrique comme depuis l'Europe.
Cette reconnaissance intervient à un moment où le cinéma camerounais cherche à se structurer davantage : le Festival Écrans Noirs a présenté le 9 septembre à Yaoundé l'affiche de sa trentième édition, prévue du 21 au 28 novembre sous le thème du cinéma comme instrument de paix. Deux rendez-vous distincts, mais un même mouvement : celui d'un cinéma national qui cherche à exister à la fois chez lui et sur les scènes internationales les plus exigeantes.
Le prix de Venise ne règle pas les difficultés structurelles auxquelles se heurte la production locale, entre financement, distribution en salles et formation technique. Il offre en revanche une vitrine rare, susceptible d'attirer l'attention de coproducteurs et de bailleurs internationaux vers d'autres projets camerounais, et de redonner un écho concret à des histoires ancrées dans le quotidien du pays plutôt que dans les représentations que l'étranger s'en fait souvent.
