Cinéma : avec Taba et Mouna Taba, Yaoundé veut raconter la jeunesse africaine autrement
Résidence Taba du 25 octobre au 8 novembre, festival Mouna Taba du 15 au 19 décembre 2026 : Yaoundé mise sur l'écriture et la jeunesse africaine.
CINÉMA
Le 18 septembre, le ministre des Arts et de la Culture, Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt, a reçu la productrice Mary-Noël Niba. Elle lui a présenté le programme de fin d'année de son association Tell And Be Africa (Taba). La 4e Résidence d'écriture Taba aura lieu du 25 octobre au 8 novembre. La 2e édition de Mouna Taba, festival panafricain du film sur la jeunesse, suivra du 15 au 19 décembre 2026. Entre ces deux dates, les Écrans Noirs fêteront leurs 30 ans, pour la première fois sans leur fondateur. Huit semaines et trois rendez-vous : une bonne occasion de voir comment le Cameroun forme ses jeunes cinéastes, comment il les finance et où il montre leurs films.
« Continuer à soutenir nos activités »
Mary-Noël Niba est venue au ministère avec une demande claire. « Nous sommes venus demander au ministre de continuer à soutenir nos activités culturelles », a-t-elle déclaré. Le mot « continuer » a son importance. Le Minac suit Taba depuis le départ. En avril 2023, le ministre présidait lui-même la clôture de la première résidence au Musée national, et son département faisait partie des partenaires de l'appel à projets 2024.
La fondatrice de Taba a commencé à la CRTV. Elle a ensuite créé la société Luman Communications, installée entre Yaoundé et Paris, et réalisé Le Dos de la veuve (2011), Claire ou l'enfant de l'amour (2015) et Partir ? (2018). Son association est basée à Nsimeyong. Elle y anime aussi le ciné-club N'kah (« lumière » en nguemba), qui montre au public, et d'abord aux jeunes, des films africains peu diffusés.
Résidence Taba : cinq scénarios, trois pays
La quatrième résidence se déroulera à Yaoundé du 25 octobre au 8 novembre. Elle a retenu cinq projets de courts métrages. Trois viennent du Cameroun : Gara Gara, Invictus et The Moon Drum of Langa. Le Bénin présente Le jour où le ballon s'est envolé. Shigara Mapfihwa est porté par un réalisateur d'origine zimbabwéenne. Pendant deux semaines, des professionnels du cinéma accompagneront les auteurs dans la réécriture de leurs scénarios. Leurs noms n'ont pas encore été rendus publics.
La ligne n'a pas bougé depuis 2023. Taba cherche des histoires « merveilleuses », qui donnent de l'élan à la jeunesse africaine, en fiction, en documentaire ou en animation. L'association veut ainsi sortir des récits de misère et de souffrance qui collent encore à l'image du continent.
Le dispositif s'est rodé d'année en année. La première session, du 20 mars au 2 avril 2023, avait reçu une centaine de projets pour six places. Les lauréats venaient du Burkina Faso, du Sénégal, du Bénin et du Cameroun. Ils ont travaillé avec le réalisateur français Sébastien Maître, la Camerounaise Yolande Ekoumou Samba et Mary-Noël Niba. Chacun est reparti avec 1,5 million de FCFA pour tourner son film chez lui, et trois de ces projets sont devenus des films. En 2024, la deuxième session, prévue sur dix jours en novembre, a permis de développer quatre projets. En 2025, cinq auteurs du Togo, du Gabon, de RDC et du Cameroun ont passé quatorze jours avec le Tunisien Anis Lassoued, Yolande Ekoumou Samba et la fondatrice. Le règlement de cette troisième édition prévoyait que les trois meilleurs projets pourraient être produits, à condition de ne pas être déjà liés à un producteur.
Mouna Taba, un an après le premier clap
« Mouna » veut dire « enfant » dans plusieurs langues du Cameroun. Les cinéphiles penseront à Muna Moto (L'Enfant de l'autre), de Jean-Pierre Dikongué-Pipa, Étalon de Yennenga au Fespaco 1976. Le festival est né d'un besoin simple, expliquait Mary-Noël Niba à son lancement : montrer au public et aux producteurs les films sortis de la résidence.
La première édition s'est tenue du 10 au 13 décembre 2025 au centre culturel Ade-Niba, à Yaoundé. Le festival avait reçu une soixantaine de films venus de treize pays. Il en a retenu dix-sept en compétition officielle (trois longs et quatorze courts métrages), plus six dans la section Panorama. Parmi eux figuraient Les Invertueuses de la Burkinabè Chloé Aïcha Boro, Yikian d'Alidou Badini, le nigérien Plastic Man et le camerounais Mystère de Waza. Narcisse Wandji présidait le jury, qui a décerné deux prix, au meilleur long et au meilleur court métrage. Un colloque sur la façon de raconter la jeunesse à l'écran a réuni Cyrille Masso, Armelle Touko, Alain Dzotap, Jean-Célestin Edjangue et Anis Lassoued.
La deuxième édition durera un jour de plus, du 15 au 19 décembre. La sélection, le jury et les lieux de projection n'ont pas encore été annoncés.
Ce qui se joue à Yaoundé
Écrire avant de tourner
L'an dernier, Anis Lassoued relevait que les résidences d'écriture consacrées au cinéma de jeunesse restent rares sur le continent. Yaoundé forme déjà des techniciens et des réalisateurs. Le festival First Short, consacré aux films d'école, a tenu en mai sa 12e édition. Taba intervient à l'étape suivante, celle où un jeune auteur a une idée mais pas encore de producteur. Le modèle reste modeste : 1,5 million de FCFA par film en 2023, un peu moins de 2 300 euros. Il a toutefois le mérite de suivre un projet de la page blanche jusqu'à l'écran.
Une jeunesse majoritaire
Plus de 60 % des Camerounais ont moins de 25 ans, a rappelé le Minepat en juillet, lors de la Journée mondiale de la population. À l'écran, cette jeunesse apparaît surtout à travers la migration, la débrouille ou la violence. Taba part de ce constat et parie sur l'imaginaire. Un tambour de lune, un ballon qui s'envole : les titres de la sélection 2026 annoncent des récits de ce genre.
Des films sans salles
L'Abbia a fermé à Yaoundé, le Wouri à Douala. Il reste quelques écrans récents dans les deux grandes villes, trop chers pour une bonne partie du public. Un court métrage tourné avec un petit budget n'a donc souvent que les festivals, les ciné-clubs et la télévision pour être vu. La CRTV et le Goethe-Institut de Yaoundé étaient partenaires de Mouna Taba en 2025. Le festival permet surtout aux films de la résidence de rencontrer leur public.
Une fin d'année marquée par le deuil
Bassek Ba Kobhio est mort le 12 mai 2026 à Yaoundé, à 69 ans. Le réalisateur de Sango Malo et du Silence de la forêt avait fondé les Écrans Noirs en 1997. La 30e édition du festival se tiendra du 21 au 28 novembre, entre la fin de la résidence Taba et l'ouverture de Mouna Taba. Narcisse Wandji fait le lien entre les deux maisons : il a été nommé directeur artistique des Écrans Noirs en 2023 et présidait le jury de Mouna Taba l'an dernier. Ce calendrier serré pose une question concrète. Trois événements en huit semaines devront se partager les mêmes sponsors, les mêmes journalistes et le même public. Ils visent pourtant des publics qui se recoupent peu. Seuls les Écrans Noirs ont annoncé un « Kids Corner » pour les 4-10 ans. Mouna Taba vise les adolescents et les jeunes adultes.
Qui paie ?
Les partenaires de Taba changent d'une année sur l'autre. On y trouve le Minac, Canal+ University et Alternative Productions en 2024, puis Canal+ Impact et l'Agence française de développement pour la résidence 2025. L'association dépend donc largement d'appels à projets et de bailleurs extérieurs. Le 18 septembre, elle a demandé un soutien public régulier. Cette demande rejoint le programme présenté en février par l'association des acteurs des industries culturelles et créatives du Cameroun (ACTICCC), présidée par Blaise Etoa : un statut professionnel pour les acteurs culturels, le respect des droits d'auteur et une économie culturelle qui permette aux créateurs de vivre de leur travail.
La résidence a déjà accueilli des auteurs de sept pays. L'arrivée d'un auteur d'origine zimbabwéenne ouvre le programme vers l'Afrique australe. Pour un pays bilingue, cette ouverture compte. L'appel à films de Mouna Taba 2025 n'acceptait pourtant que des œuvres en français ou sous-titrées en français. Si le festival veut aller vers l'Afrique anglophone, il faudra changer ce règlement.
Il faudra voir si l'audience du 18 septembre débouche sur un engagement chiffré du ministère, et si les cinq scénarios de novembre trouvent un producteur. Mouna Taba apportera un premier élément de réponse le 15 décembre, en ouvrant sa deuxième édition. Au regard du cinéma africain, dont les festivals disparaissent souvent après deux ou trois éditions, c'est déjà une étape.
