Le Festival Écrans noirs fête ses 30 ans à Yaoundé sous le signe de l'hommage à Bassek Ba Kobhio
Écrans noirs dévoile l'affiche de ses 30 ans, en hommage à son fondateur Bassek Ba Kobhio. Programme, enjeux et contexte du festival prévu du 21 au 28 novembre 2026 à Yaoundé et Douala.
CINÉMA


Trente ans après sa création par le cinéaste Bassek Ba Kobhio, le festival Écrans noirs dévoile l'affiche de son édition anniversaire, prévue du 21 au 28 novembre 2026 au Palais des congrès de Yaoundé, avec un volet décentralisé à Douala. Une édition qui s'annonce particulière : elle se tiendra pour la première fois sans son fondateur, disparu en mai dernier, et devra composer avec l'absence de celui qui a porté seul le festival pendant près de trois décennies.
Une affiche pensée comme un hommage
Le dévoilement a eu lieu à la Maison de la radio de Yaoundé, lors d'un point de presse ouvert par une minute de silence en mémoire de Bassek Ba Kobhio, rappelé à Dieu le 12 mai 2026 à l'âge de 69 ans. C'est lui qui avait fondé Écrans noirs en 1997, avant d'en faire au fil des éditions le plus grand rendez-vous cinématographique d'Afrique centrale.
Le concepteur de l'affiche, Hervé Noutchaya, explique avoir puisé dans la cosmogonie africaine à travers trois couleurs : le noir, le rouge et le blanc. La silhouette de Bassek Ba Kobhio y domine, reconnaissable à son béret et à son micro tenu dans la main droite. Il précise s'être appuyé sur la passion du cinéma qui a rythmé la vie du fondateur du festival, pour inscrire dans l'image la mémoire d'un parcours et, au-delà, celle d'une aventure qui a marqué le paysage culturel africain contemporain. Le rouge vif choisi pour cette édition symbolise la vie, l'énergie et la transmission.
Le thème retenu pour ces trente ans, « Écrans noirs, 30 ans : le cinéma, notre arme de paix », prolonge une réflexion amorcée plus tôt dans l'année, quand l'appel à films avait été lancé sous le signe de la souveraineté narrative, cette capacité des professionnels africains et de la diaspora à raconter le continent par eux-mêmes.
Un festival qui doit désormais avancer sans son fondateur
Pour Narcisse Wandji, directeur du festival depuis mai 2023 au poste de directeur artistique, cette édition marque un tournant. Il confie que l'exercice consiste à aller vers l'inconnu et à régler seul des problèmes que Bassek Ba Kobhio avait l'habitude de gérer lui-même. Écrans noirs, dit-il, a transcendé son fondateur, et la responsabilité de l'équipe est désormais de soutenir cette initiative pour qu'elle transcende, à son tour, ceux qui la portent aujourd'hui.
Cinéaste lui-même, réalisateur de Bendskins et de Sadrack, Narcisse Wandji connaît le festival de l'intérieur depuis 2006, d'abord comme étudiant puis comme coordonnateur du marché du film d'Afrique centrale. Sa nomination avait déjà constitué une première dans l'histoire du festival, celle d'une direction artistique distincte de la figure du fondateur. La disparition de Bassek Ba Kobhio en fait, cette fois, le véritable pilote de l'événement.
Un programme fourni pour marquer les trente ans
Au-delà des projections, cette édition anniversaire prévoit un colloque consacré à Bassek Ba Kobhio, des sessions de formation, des assises sur la production cinématographique, un village du festival et les Kid Cinema Corners destinés au jeune public. Un concours baptisé « 10 jours pour 1 film », organisé avec le Goethe-Institut Cameroun, invite par ailleurs de jeunes talents à réaliser un court métrage en dix jours autour du thème de la domination. Les œuvres soumises à cette 30e édition pourront concourir dans plusieurs catégories : fiction, documentaire, séries audiovisuelles et cinéma d'animation.
Ce que cette édition dit du cinéma camerounais
Une fête des trente ans ne se limite pas à un chiffre rond. Elle intervient à un moment où l'industrie du cinéma au Cameroun cherche encore ses marques. Le pays a perdu ses dernières salles obscures en 2009, avec la fermeture de l'Abbia à Yaoundé, du Wouri à Douala et de l'Empire à Bafoussam. Depuis, la diffusion en salle s'est reconstruite lentement, portée par des acteurs comme Canal Olympia puis, plus récemment, par la reprise des salles du Grand Mall par Sylver Screen Cinema en 2025. Sans guichet, un film ne génère pas de recette, et sans recette, les producteurs restent dépendants des subventions ou des coproductions étrangères pour financer le suivant. C'est cette autonomie de financement qui reste le principal chantier du secteur, davantage encore que la formation, largement prise en charge depuis 2021 par l'Institut supérieur des métiers du cinéma et de l'audiovisuel d'Afrique centrale, fondé par Bassek Ba Kobhio lui-même à Yaoundé.
Dans ce contexte, Écrans noirs occupe une position particulière. Le festival forme une partie des cinéastes qui font aujourd'hui vivre le secteur, sert de vitrine internationale aux productions du continent et donne, chaque année, un espace de visibilité que les circuits commerciaux peinent encore à offrir. La décentralisation prévue à Douala pour cette 30e édition va dans ce sens : élargir l'accès au festival au-delà de la capitale, dans une capitale économique où la culture cinématographique reste largement à reconstruire.
L'édition 2026 se joue donc sur deux plans à la fois. Elle célèbre trois décennies d'un festival devenu une référence continentale, tout en vérifiant sa capacité à continuer d'exister sans l'homme qui l'a porté depuis 1997. La réponse à cette question se donnera à voir du 21 au 28 novembre, à Yaoundé et à Douala.
