Yvon Ngassam ramène « l'arc-en-ciel » sur les cimaises de Douala

Du 17 septembre au 18 décembre 2026, l'artiste camerounais Yvon Ngassam présente « L'Arc en ciel monochrome » à l'Annie Kadji Art Gallery de Douala.

ART PLASTIQUE

Guy Etom

9/22/20263 min read

Yvon Ngassam, directeur artistique, portrait pour l'exposition L'Arc en ciel monochrome à l'Annie Ka
Yvon Ngassam, directeur artistique, portrait pour l'exposition L'Arc en ciel monochrome à l'Annie Ka

Du 17 septembre au 18 décembre, l'Annie Kadji Art Gallery accueille « L'Arc en ciel monochrome », nouvelle exposition du plasticien camerounais Yvon Ngassam. L'association Knock on Art appuie le projet, présenté dans cette galerie de Bonapriso qui promeut l'art contemporain camerounais depuis 2004.

Né en 1982 à Bangangté, Yvon Ngassam n'est pas arrivé aux arts visuels par la voie classique. Il découvre les arts visuels en 2009 en produisant son premier court-métrage avec le label FREEK'1 Entertainment, qu'il crée avec des amis pendant sa première année à l'Université de Ngaoundéré. La photographie et la vidéo suivent, puis la sculpture métallique et la gravure sur bois. Un tournant survient en 2013, quand il intègre la résidence internationale Art Bakery, fondée par le regretté Goddy Leye : c'est là qu'il se familiarise avec la vidéo d'art, médium qu'il ne quittera plus.

Son parcours porte la marque de plusieurs institutions qui structurent la scène artistique camerounaise et ouest-africaine : Bandjoun Station, l'Espace Doual'art, Le Centre au Bénin, la Raw Material Company à Dakar, les Ateliers Sahm à Brazzaville. En 2020, son installation « I Have A Dream », présentée au CIPCA de Yaoundé, s'intéressait aux zémidjans béninois, ces conducteurs de moto-taxi coiffés de masques rituels, pour interroger les rêves écrasés par les contraintes du quotidien. L'année suivante, sa série « Traces », montrée à l'Espace Doual'art, tournait son objectif vers les déplacés de la crise du bassin du Lac Tchad liée à Boko Haram, des vies que l'actualité ne mentionne que le temps d'un reportage.

« Arc-en-ciel monochrome » n'est pas un titre inédit dans le travail de Ngassam. Le projet trouve son origine dans une résidence menée en Guadeloupe avec le soutien de l'association Arc Prod, de Bandjoun Station et de l'Institut français du Cameroun. L'artiste y interrogeait, à travers une série d'entretiens, le regard que des Guadeloupéens portent sur l'Afrique, entre fantasme, gêne et filiation revendiquée. L'exposition de Douala en reprend la matière et la déplace vers une proposition plastique : regarder autrement la couleur, la mémoire et les récits qui traversent les territoires, selon les mots de la galerie.

Le choix du monochrome pour parler d'arc-en-ciel n'a rien d'anodin. En photographie comme en peinture, retirer la couleur oblige à chercher ailleurs ce qui distingue une histoire d'une autre : dans la texture, la lumière, le geste. Appliqué à une réflexion sur l'identité noire et la relation entre continent et diaspora, ce parti pris esthétique renvoie à une question que Ngassam creuse depuis ses débuts, celle de ce qui reste quand on retire les signes attendus d'une appartenance.

Cette exposition arrive à un moment où la scène artistique camerounaise cherche encore ses relais. Les galeries privées comme Annie Kadji Art restent rares à Douala et jouent un rôle que les institutions publiques n'occupent qu'à la marge, entre soutien aux artistes établis et vitrine pour un public local trop souvent tenu à distance de l'art contemporain, réservé dans l'imaginaire collectif aux foires internationales ou aux collectionneurs étrangers. En choisissant de montrer à Douala un travail né d'une résidence aux Antilles, Ngassam inverse le trajet habituel où l'artiste africain part se faire consacrer ailleurs avant de revenir. Il rapporte plutôt chez lui une conversation entamée avec la diaspora, et la soumet au regard camerounais.

Le sujet touche aussi à des questions vives sur le continent : la manière dont l'Afrique se pense depuis l'extérieur, le poids de la mémoire dans les crises que le pays traverse encore, la place de la couleur comme catégorie identitaire au-delà du seul contexte américain où le débat s'est le plus imposé médiatiquement. Une exposition camerounaise qui s'en saisit, dans une galerie camerounaise, avec un artiste qui a déjà photographié les déplacés du Lac Tchad, s'inscrit dans une continuité plutôt qu'elle n'importe un sujet étranger aux réalités locales.