Un Prix spécial aux Canal 2’Or vient saluer l'immense carrière du comédien Salomon Tatmfo, l'éternel « Essola »
Le paysage audiovisuel et théâtral camerounais célèbre l'un de ses visages les plus emblématiques.
MUSIQUE


Le paysage audiovisuel et théâtral camerounais célèbre l'un de ses visages les plus emblématiques. À l'occasion de la récente édition de la cérémonie des Canal 2’Or, le comédien Salomon Tatmfo, indissociable de son rôle mythique d'« Essola », s'est vu attribuer un Prix spécial. Cette distinction de prestige vient rendre justice à un parcours artistique de plus de cinq décennies et rappeler à la mémoire collective l'empreinte indélébile laissée par ce monstre sacré de la comédie.
Par ce geste symbolique face à l'oubli, l'académie des Canal 2’Or et le public camerounais ont tenu à rendre hommage à un pionnier qui a marqué plusieurs générations de téléspectateurs, de l'âge d'or du théâtre national aux grandes séries télévisées de la CRTV.
Une vocation forgée entre ferveur, petits métiers et révélation scénique
Né le 12 décembre 1947 à Bangangté, dans la région de l'Ouest, Salomon Tatmfo effectue ses premières années d'études dans sa ville natale avant de rejoindre Douala. Confronté très tôt aux réalités de la vie active, le jeune homme multiplie les petits emplois de subsistance, s'improvisant notamment maçon pour 50 francs CFA par jour.
Mais sa passion pour les arts et le spirituel bat déjà son plein. Passé par le petit séminaire avec l'ambition initiale d'embrasser le sacerdoce, il se passionne également pour la musique et la danse, créant son propre groupe dès le collège. Installé à Obala, dans la région du Centre, peu avant 1960, il franchit un cap décisif en 1966 en participant à un stage d’art dramatique dirigé à Yaoundé par Ambroise Mbia sous l'égide de la coopération française. Sa carrière théâtrale est alors lancée.
Dès 1969, la notoriété du comédien s'affirme : il se produit sur la scène du mythique cinéma Abbia à Yaoundé devant le président Ahmadou Ahidjo. Salomon Tatmfo brille par un jeu spontané et d'une rare expressivité, s'illustrant dans des pièces majeures du répertoire comme Le Mandat d’Ousmane Sembène ou Jusqu'à nouvel avis de Guillaume Oyono Mbia.
« L’Orphelin » et la naissance du phénomène « Essola »
Si son talent est reconnu depuis des années sur les planches, c'est au début des années 1990 que Salomon Tatmfo accède au statut de vedette nationale. Il intègre le casting de la série télévisée culte L’Orphelin, réalisée par le révérend Ndamba Eboua et diffusée sur la CRTV.
Il y incarne Essola, un redoutable sorcier d'Ekoudoum déterminé à éliminer le jeune Mbita. La décision d'accepter ce rôle découle d'une émotion intime : bouleversé par la chanson générique L’Orphelin d’Abdou Benito, le comédien, ayant lui-même perdu son père et subi les épreuves familiales, se reconnaît dans le message et l'intensité dramatique du projet. Sa prestation d'une justesse saisissante marque profondément les esprits au point que le nom du personnage d'Essola supplante son propre patronyme dans l'imaginaire populaire.
En 1993, le groupe Kouchouam Mbada lui rend hommage à travers le titre « Essola », composé par Toubet Sidonie, dans le clip duquel l'artiste joue son propre rôle avec malice.
Une filmographie monumentale face aux précarités du métier
Au fil de sa carrière, Salomon Tatmfo a promené sa silhouette et son talent d'acteur dans de multiples productions cinématographiques et télévisuelles de premier plan. Au cinéma, il tourne notamment sous la direction des plus grands réalisateurs :
L'Enfant peau-rouge de Gérard Essomba
Sango Malo de Bassek Ba Kobhio
L'Héritage de Yolande Ekoumou
Poison lent
Sur le petit écran, il enrichit son parcours à travers de nombreuses séries populaires telles que Sagnon Upem, Ntaphil, Le Débrouillard ou encore La Reine Blanche.
Malgré cette contribution immense au patrimoine culturel national, l'artiste, veuf depuis le décès en 1999 de son épouse Jacqueline Tchakounté, a connu la précarité trop souvent réservée aux pionniers du 7ᵉ art africain. Confronté à des difficultés pour percevoir ses droits d'auteur et voisins, affaibli par la maladie, il a pu compter sur la solidarité ponctuelle de ses admirateurs et mécènes.
En lui décernant ce Prix spécial aux Canal 2’Or, le monde des arts réaffirme que le talent de Salomon Tatmfo demeure une richesse vivante, et que le nom d'Essola restera gravé au panthéon de la culture camerounaise.
