Théâtre et communauté : à Ouagadougou, la 14ᵉ édition des Récréâtrales fait vibrer le quartier de Bougsemtenga
« Les Mouches » : quand la création chorégraphique naît des savoirs populaires
DANSE


Du 24 au 31 octobre, la capitale burkinabè vibre au rythme de la 14ᵉ édition des Récréâtrales. À Bougsemtenga, quartier emblématique de Ouagadougou, les habitants ne se contentent pas d'assister aux représentations : ils ouvrent leurs cours familiales, co-produisent le festival et investissent les scènes aux côtés des créateurs. Une immersion artistique unique qui transforme l'espace urbain en un théâtre vivant de partage et de proximité.
Initié pour décloisonner la création contemporaine, le festival transforme pendant une semaine une ruelle de 550 mètres en une monumentale scénographie à ciel ouvert, façonnée par 68 techniciens et artistes venus de 12 pays.
« Les Mouches » : quand la création chorégraphique naît des savoirs populaires
Au cœur de cette édition, le spectacle d'ouverture intitulé « Les Mouches » incarne cette symbiose entre artistes professionnels et résidents. Préparée depuis le mois de février sous la direction du jeune chorégraphe Djibril Ouattara, la pièce réunit les femmes et les jeunes du quartier autour d'un propos humaniste, affirmant que la beauté et la capacité de prendre soin des autres définissent notre humanité.
Pour le chorégraphe, cette démarche participative impose de revoir les codes traditionnels de la création :
Un dialogue corporel brut : Loin des schémas académiques, le processus s'appuie sur la gestuelle et les expressions naturelles des habitants.
L'art à portée de tous : L'ancrage du festival au sein même du quartier brise les barrières d'accès à la culture et permet à chaque citoyen de devenir acteur de l'œuvre.
« Tu rencontres des personnes qui ont leur propre danse. Tu abandonnes tes connaissances pour faire appel aux leurs. Tout le monde sait danser, il suffit de trouver la bonne direction. L'idée d'implanter le festival dans le quartier rend l'art accessible à tous. » — Djibril Ouattara, chorégraphe.
Une transmission intergénérationnelle et un tremplin professionnel
L'impact des Récréâtrales s'inscrit dans la durée, marquant les trajectoires de vie des habitants de Bougsemtenga. Comédienne amatrice et membre de l'association des femmes du quartier, Agathe Serré participe au festival depuis 2006. Malgré l'exigence physique des répétitions menées par la jeune génération, elle salue l'intensité et la beauté de cette aventure collective.
Sur le plan professionnel, l'événement constitue une véritable école hors les murs :
L'émergence de vocations : À l'image de Claude Ilboudo, dit « Gohou », qui a découvert la scène enfant lors des premières éditions avant de devenir comédien professionnel, le festival suscite des vocations durables.
Moteur d'insertion pour la jeunesse : Technique, régie, accueil, danse ou théâtre : les Récréâtrales emploient et forment de nombreux jeunes locaux tout au long de la manifestation.
Une immersion culturelle continue du matin jusqu'au petit jour
Pendant huit jours, Bougsemtenga ne dort pas. Le programme mêle lectures de textes contemporains, spectacles jeune public, débats, soirées musicales et créations théâtrales, répartis entre les cours des concessions et les plateaux aménagés dans la rue.
En faisant de la rue un espace de création partagée et des habitants les gardiens de l'événement, la 14ᵉ édition des Récréâtrales confirme que le théâtre est avant tout une aventure humaine, populaire et profondément émancipatrice.
