Théâtre à l'école-Théâtre pour tous : la relève du Théâtre du Chocolat

Dès le 8 novembre, « Théâtre à l'école-Théâtre pour tous », qui remplace le Théâtre du Chocolat, veut jouer dans les écoles au-delà de Yaoundé et Douala.

THÉATRE

Guy Etom

11/2/20265 min read

Le dramaturge Roger Etoundi Zeyang a présenté le 30 octobre à Yaoundé « Théâtre à l'école-Théâtre pour tous », le projet qui prend la suite du Théâtre du Chocolat. La saison 2026-2027 s'ouvre le 8 novembre. Le cap : jouer là où se trouvent les élèves, et pas seulement à Yaoundé et Douala.

Rendez-vous le 8 novembre

La saison 2026-2027 démarre le 8 novembre 2026. Roger Etoundi Zeyang en a exposé les enjeux devant la presse le 30 octobre à Yaoundé, rapporte Cameroon Tribune. Le quotidien présente le projet comme le remplaçant du Théâtre du Chocolat, la compagnie que le metteur en scène a fondée en 1981.

Le principe est simple : les comédiens viennent jouer devant les élèves, dans leur établissement, au lieu d'attendre que les enfants se déplacent jusqu'à une salle. La carte, elle, s'élargit. Le Théâtre du Chocolat jouait surtout à Yaoundé et à Douala ; la nouvelle initiative veut aller au-delà. Son promoteur dit vouloir « aller dans d'autres villes où les enfants attendent vraiment le théâtre ».

Une phase expérimentale a déjà été menée dans des chefs-lieux, indique Cameroon Tribune. La liste des villes retenues et le calendrier détaillé de la saison n'étaient pas accessibles en ligne au moment où nous écrivons.

Le trac, la parole, la mémoire

Pour Etoundi Zeyang, il devient urgent de donner à l'art une place reconnue dans l'éducation des jeunes. Le théâtre fait travailler à la fois la tête et l'émotion, deux facultés qui se construisent justement pendant l'enfance.

Il détaille ce que la scène apporte à un élève : apprendre à dompter le trac, à prendre la parole, à s'affirmer, à mémoriser et à rester concentré. Le théâtre sert donc d'outil pédagogique autant que de moyen d'éveil.

Le discours n'a pas varié en dix ans. En octobre 2017, lors du premier lancement de la formule, il résumait déjà sa démarche auprès des enfants d'une formule : « Nous leur apprenons la vie ».

Bobbo, Mangetou et les billets à 200 francs

Le Théâtre du Chocolat voit le jour en mars 1981 à Yaoundé. Ce centre dramatique pour l'enfance et la jeunesse se fait connaître grâce à deux personnages, Bobbo et Mangetou. Le second, glouton et cachottier, garde tout pour lui ; le premier partage sans se faire prier son pain ou ses bonbons.

La nourriture sert de fil rouge pour parler de partage, de solidarité, d'effort et de fraternité. On la retrouve au centre de pièces comme Abok (la fête) ou Abole.

Au début, la troupe tourne dans les écoles maternelles et primaires de Yaoundé. Monica Nkodo, alors cheffe du desk culture de Cameroon Tribune, a raconté en 2018 dans un article publié en Allemagne qu'elle avait elle-même sacrifié son argent de poche pour s'offrir un billet à 200 FCFA.

La compagnie a ensuite joué au Tchad, au Bénin, en Centrafrique, au Togo, en France, en Croatie, en Suisse et en Italie. Elle a fêté ses 40 ans en novembre 2021. Abole, deux clowns et un musicien autour d'une amitié mise à l'épreuve par l'écart de richesse, a encore refermé le 12 décembre 2025 la 15e édition du festival de la maison, au Centre culturel camerounais de Yaoundé.

Un nom apparu en 2017, une idée plus ancienne

Le nom n'a rien d'inédit. En octobre 2017, le Théâtre du Chocolat annonçait déjà « Théâtre à l'école, théâtre pour tous » comme ligne directrice de sa saison 2017-2018, après une phase expérimentale l'année précédente. Objectif affiché à l'époque : « démocratiser et décentraliser le théâtre ». Etoundi Zeyang posait alors une question d'égalité : pourquoi un enfant de l'intérieur du pays n'aurait-il pas droit au même spectacle, dans les mêmes conditions techniques, qu'un enfant de Yaoundé ou de Douala ?

La première tournée officielle a sillonné la région de l'Est du 7 novembre au 1er décembre 2017, dans les écoles de Bertoua, Bélabo, Dimako, Doumé, Abong-Mbang, Kentzou et Batouri. Deux tournées ont ensuite couvert l'Est, le Sud et le Centre. Dans ces localités, adultes et personnes âgées rejoignaient le public des écoliers, avec parfois des représentations sur la place publique.

L'idée remonte même plus loin. En 2008, dans un entretien au quotidien Mutations, Etoundi Zeyang évoquait un projet de théâtre à l'école présenté deux ans plus tôt, qui avait conduit la troupe dans une quinzaine de petites villes. En 2026, la formule passe du statut de ligne de saison à celui de bannière principale, à la place du Théâtre du Chocolat.

L'argent, la question de chaque saison

Le projet hérite d'une difficulté que la compagnie connaît depuis ses débuts : le financement. En 2018, Etoundi Zeyang décrivait chaque saison comme « une terrible bataille pour le financement » et expliquait tenir grâce à des partenariats avec des compagnies jeune public étrangères, surtout européennes. Dix ans plus tôt, il regrettait déjà de devoir relancer ses formations pour les jeunes avec des fonds venus de l'extérieur plutôt qu'avec ceux de l'État.

Le manque de lieux pèse aussi. Un mémoire de master soutenu en 2014 à l'Université de Yaoundé I par Cyril Juvénil Assomo concluait que l'état des salles freinait la pratique et la fréquentation du théâtre dans la capitale. Jouer dans les écoles contourne l'obstacle : l'enfant n'a plus à se déplacer, c'est la scène qui vient à lui.

Côté pouvoirs publics, un signal est venu le 10 décembre 2025. Le ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt, a reçu Etoundi Zeyang et apporté son appui au FATEJ. Le metteur en scène y a résumé sa conviction : « ce qu'un enfant n'apprend pas à l'école peut s'apprendre au théâtre ». Les partenaires et le budget de la saison 2026-2027 n'ont pas été détaillés publiquement en ligne.

Un réseau construit à l'échelle du continent

Le projet s'appuie sur trente ans de travail en réseau. Le Festival africain de théâtre pour l'enfance et la jeunesse (FATEJ), créé en novembre 1996 par le Théâtre du Chocolat, porte depuis 2004 le label de l'ASSITEJ, l'Association internationale du théâtre pour l'enfance et la jeunesse.

Sa 15e édition, en décembre 2025, a déjà fonctionné sur le principe défendu aujourd'hui. La compagnie camerounaise Mook a joué Kada kada minlo le 9 décembre à l'école Champ du Lys de Yaoundé. Les troupes étrangères, dont le Doumténé Théâtre venu du Tchad, ont été envoyées dans les villes satellites de la capitale.

Etoundi Zeyang a aussi cofondé l'African Children and Youth Theatre Arena (ACYTA). Entre 1999 et 2007, avec un financement de l'agence suédoise de coopération, ce réseau a organisé des ateliers régionaux pour former des praticiens du théâtre jeune public dans plusieurs pays africains. Élu au comité exécutif de l'ASSITEJ en 2011 à Malmö, il en est devenu membre d'honneur en 2021.

Retour à la cour de récréation

Quarante-cinq ans après les premières sorties de Bobbo et Mangetou dans les écoles de Yaoundé, Etoundi Zeyang revient à son point de départ. Il le fait sous un autre nom, avec une carte plus large et un discours plus assumé sur la place de l'art dans l'éducation.

La réussite de cette saison tiendra à deux choses que les informations disponibles en ligne ne précisent pas encore : le nombre de villes réellement desservies et les moyens réunis pour y aller. Premiers éléments de réponse à partir du 8 novembre.