Rosita Badane Gaiwe, 23 ans, dessine le pagne des 80 ans de l'UNICEF au Cameroun
Rosita Badane Gaiwe, styliste de 23 ans, signe « Le Fil de mes Droits », pagne des 80 ans de l'UNICEF dévoilé à Yaoundé le 9 octobre.
ART TEXTILE


À 23 ans, la styliste-modéliste camerounaise Rosita Badane Gaiwe a remporté le concours national lancé par l'UNICEF pour créer le pagne de ses 80 ans. Baptisé « Le Fil de mes Droits », son motif a été dévoilé le 9 octobre à Yaoundé. Il ouvre une saison de célébrations qui culminera le 11 décembre, jour anniversaire de la création de l'agence onusienne.
Vendredi 9 octobre 2026, au siège de l'UNICEF à Yaoundé, un enfant a présenté une robe taillée dans le pagne que l'on découvrait pour la première fois. Le dessin qui couvre ce tissu porte la signature de Rosita Badane Gaiwe. Elle s'est imposée face à huit autres finalistes, au terme d'une sélection qui a fait voter le grand public, des enfants et un jury de professionnels.
Dans la salle se trouvaient la représentante de l'UNICEF au Cameroun, Nadine Perrault, des personnalités du gouvernement, le coordonnateur résident du système des Nations unies et des délégations du PNUD, de l'OIM, des Volontaires des Nations unies et du CICR. Des élèves qui avaient pris part au vote assistaient aussi à la proclamation.
Neuf finalistes, trois collèges de votants
L'UNICEF Cameroun a lancé le concours en avril 2026. L'appel s'adressait aux designers textiles, aux stylistes, aux artistes visuels et aux jeunes créateurs, invités à imaginer une étoffe capable de raconter les droits, les aspirations et l'avenir des enfants.
Neuf propositions ont franchi la présélection. Elles ont ensuite été départagées par un vote en ligne ouvert au public (2 723 votes), un vote d'enfants (110 voix) et l'évaluation d'un jury de professionnels.
Selon le Journal L'Étudiant, Rosita Badane Gaiwe l'emporte avec 25,6 % des voix. Pierre Fourier Nga Ndzengue prend la deuxième place avec 20,6 %, devant le duo formé par Capucine Dongmo et Françoise Brigitte Nke Enono (19,6 %).
Faire voter les enfants n'avait rien d'anecdotique pour l'organisation, qui estime qu'ils doivent peser sur les décisions qui les concernent. L'UNICEF explique avoir retenu le modèle qui rassemblait le mieux les préférences des trois collèges, tout en ancrant les droits de l'enfant dans l'identité culturelle camerounaise.
Ce que raconte « Le Fil de mes Droits »
Rosita Badane Gaiwe a construit son pagne sur des bandes, en référence au tissage traditionnel africain. Chaque rayure figure un « fil » des droits de l'enfant, et l'étoffe ne tient que parce qu'ils sont assemblés.
Sur cette trame, elle a posé le motif du Ndop, le tissu teint à l'indigo associé aux chefferies de l'Ouest du Cameroun. À côté apparaît la double cloche, qu'elle a retenue comme symbole de communication et de dialogue : chaque enfant doit pouvoir se faire entendre.
Les formes géométriques de base, celles qu'on apprend à la maternelle, renvoient à l'éducation. Au centre, une spirale porte deux sens. Elle évoque le cordon ombilical, donc l'enfant à venir, et la croissance qui se poursuit tout au long de la vie.
Un pagne pour s'engager
Après le dévoilement, la lauréate a dit son émotion. Elle a surtout insisté sur l'usage qu'elle espère pour son pagne : que chacun le porte « en mettant dans sa tête qu'elle défend les droits de l'enfant », qu'il s'agisse de protection, d'éducation, d'avenir ou de rêves. Pour elle, le vêtement peut servir de rappel quotidien et d'outil de sensibilisation.
Nadine Perrault a filé la même métaphore. Un fil seul se casse facilement, plusieurs fils entrelacés font une étoffe solide, a-t-elle expliqué, et les droits à l'éducation, à la santé, à la protection, à l'identité et à la participation vont ensemble. « Aucun de ces fils ne devrait manquer à l'étoffe d'une enfance », a résumé la représentante de l'UNICEF.
Au Cameroun, le pagne commémoratif a ses habitudes
L'UNICEF a misé sur un support que tout le monde connaît. Au Cameroun, le pagne accompagne les grands moments de la vie, des mariages aux funérailles, rassemble les communautés et transmet des messages d'une génération à l'autre. L'organisation veut en faire un outil de sensibilisation et de plaidoyer pour les droits de l'enfant.
Le pays a l'habitude de ces tissus nés d'un concours. Chaque 8 mars, les femmes portent le pagne de la Journée internationale de la femme, dont le motif est choisi au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille avec la CICAM. Pour l'édition 2018, le comité avait examiné 138 maquettes et en avait retenu 11, avec des récompenses comprises entre 250 000 et 500 000 FCFA.
D'autres institutions ont adopté la formule. L'ambassade d'Espagne à Yaoundé organise en 2026 la quatrième édition de son concours de dessin de pagne, consacrée aux 65 ans de relations diplomatiques avec le Cameroun. La CICAM avait aussi imprimé le tissu du cinquantenaire de l'indépendance et de la réunification.
Ailleurs en Afrique de l'Ouest et du Centre, le tissu commémoratif joue le même rôle : fixer une date, une institution ou une cause dans la mémoire collective. Avec « Le Fil de mes Droits », une agence des Nations unies reprend ce langage textile pour parler d'enfance.
80 ans d'UNICEF, un demi-siècle au Cameroun
L'Assemblée générale des Nations unies a créé l'UNICEF le 11 décembre 1946 pour secourir les enfants frappés par la Seconde Guerre mondiale. L'agence, prix Nobel de la paix en 1965, intervient aujourd'hui dans 190 pays et territoires.
Au Cameroun, elle travaille avec le gouvernement depuis 1975. Sa représentante, la Haïtienne Nadine Perrault, est en poste depuis 2022, après avoir occupé la même fonction au Salvador et en Guinée-Bissau.
Les chantiers restent nombreux. Des enfants grandissent sans acte de naissance, des filles quittent l'école trop tôt, l'accès à l'eau potable reste difficile et les crises régionales déplacent des familles. S'y ajoutent les violences, le mariage précoce et les obstacles à l'éducation et aux soins.
Nadine Perrault a donc tourné l'anniversaire vers l'avenir plus que vers le bilan. Elle a rappelé la part de chacun, parents, voisins, communautés et journalistes, dans la promotion des droits de l'enfant.
Ce qui est prévu d'ici au 11 décembre
Le dévoilement du pagne lance UNICEF80 Cameroun, une campagne placée sous le thème « Choisir un avenir pour les enfants ».
Avec #80JoursUNICEF, des enfants des dix régions raconteront leur quotidien et leurs rêves en 80 photographies, accompagnées de leurs propres récits. Un concours national invitera les médias à relayer la parole des enfants. Un hackathon attend les jeunes innovateurs sur trois terrains : l'éducation, la santé et l'accès à l'eau.
Une capsule temporelle recueillera enfin des messages d'enfants camerounais adressés à la génération de 2046, année du centenaire de l'UNICEF.
Le 11 décembre, date anniversaire de la création de l'agence, une soirée de gala constituera le temps fort des célébrations. La remise officielle des prix du concours est annoncée le même jour à Yaoundé.
Du dessin à la garde-robe
En six mois, Rosita Badane Gaiwe est passée d'un appel à candidatures à l'étoffe officielle des 80 ans de l'UNICEF au Cameroun. À 23 ans, c'est une première ligne de poids sur son parcours de créatrice.
Le vrai test viendra au marché, à l'école et dans les cérémonies familiales, là où le pagne sera porté. Si ceux qui l'enfilent pensent aux droits qu'il raconte, la jeune styliste aura gagné une seconde fois. Prochain rendez-vous le 11 décembre à Yaoundé, pour la remise officielle de son prix.
