Rencontres artistiques MIROIR : à Yaoundé, l'art contre les violences faites aux femmes

Le 25 novembre à Yaoundé, les Rencontres artistiques MIROIR mobilisent l'art contre les violences faites aux femmes, avec Marie-Noëlle Graobé.

ART TEXTILE

Guy Etom

11/5/20264 min read

Le 25 novembre 2026, la Maison des Associations de Yaoundé accueille la première édition des Rencontres artistiques MIROIR, consacrées à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. La mannequin Marie-Noëlle Graobé s'associe à ce rendez-vous porté par AS-CREA et LCE2GETHER, au moment où le Cameroun compte ses féminicides et attend toujours une loi.

Le 25 novembre, une date choisie

Les organisateurs n'ont pas pris la date au hasard. Le 25 novembre est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, qui ouvre chaque année seize jours de mobilisation jusqu'au 10 décembre, Journée des droits de l'homme. C'est ce jour-là qu'AS-CREA (Art and Soul Creation) et LCE2GETHER lancent, à la Maison des Associations de Yaoundé, la première édition des Rencontres artistiques MIROIR.

L'idée de départ tient en une phrase : faire de la création un lieu où l'on s'exprime, où l'on réfléchit et où l'on se mobilise contre les violences basées sur le genre. Le nom va dans ce sens. Un miroir oblige à regarder ce que l'on préfère ignorer, et les organisateurs veulent justement rendre visibles des violences que beaucoup de femmes vivent en silence. Ils annoncent aussi une réflexion collective sur la protection des victimes, leur dignité et leurs droits.

Le programme détaillé et la liste des artistes n'ont pas encore été rendus publics.

Marie-Noëlle Graobé, des podiums au terrain

La personnalité la plus connue associée à MIROIR vient du monde de la mode. Originaire de Doukoula, dans l'Extrême-Nord, Marie-Noëlle Graobé a fait ses premiers pas de mannequin au Cameroun avant de tenter sa chance au Nigeria, puis de s'installer en Afrique du Sud, où sa carrière décolle. Elle a depuis défilé à Paris, Londres et Milan. En 2017, elle représente le Cameroun au concours Miss World Supertalent, où elle est désignée meilleur mannequin africain. En 2022, elle fait la couverture de Vogue Arabia.

Elle a aussi choisi de transmettre. En 2020, elle crée Graobe Management, une agence qui repère, forme, place et suit des mannequins, puis le Graobe Models Search, un concours organisé notamment à Yaoundé, Douala et Garoua pour révéler de nouveaux visages. Son engagement pour les femmes remonte plus loin : en novembre 2017, elle fonde l'association DAGUE pour l'émancipation des femmes de l'Extrême-Nord. En 2025, elle prend part à une campagne de santé à Doukoula, au profit des personnes âgées, des femmes et des enfants.

En rejoignant MIROIR, elle insiste sur les violences qui ne se voient pas : celles que des femmes taisent, les blessures invisibles, les atteintes à la dignité. Pour elle, les discours ne suffisent plus. Le combat engage la responsabilité de tous et appelle des actes.

Les enjeux d'un rendez-vous artistique sur une urgence nationale

Des féminicides en hausse, selon les chiffres officiels

MIROIR s'ouvre dans un pays où le sujet a quitté la rubrique faits divers pour devenir une affaire publique. En juin 2026, devant l'Assemblée nationale, le ministère de la Promotion de la femme et de la famille a fait état de 77 féminicides recensés en 2025, contre 56 en 2023, soit une hausse de 37 %. Entre janvier et avril 2026, les autorités ont enregistré 50 féminicides et 166 viols de femmes et de filles. Le 4 juin, le Système des Nations unies au Cameroun appelait à mettre fin à l'impunité des auteurs. L'association Stop Féminicides 237 dénonce, elle, la fréquence des arrangements à l'amiable.

Les violences au sein du couple touchent bien plus de femmes encore. Selon l'Enquête démographique et de santé de 2018, 44 % des femmes de 15 à 49 ans ayant vécu en couple déclaraient avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire. Dans la région du Centre, hors Yaoundé, la proportion atteignait 64 %.

Une loi toujours attendue

Le droit camerounais ne fait pas du féminicide un crime à part. Les juges statuent sur la base du Code pénal de 2016, qui sanctionne les violences une fois commises sans prévoir de protection en amont, et aucun texte national ne traite explicitement des violences domestiques. Un projet de loi sur les violences basées sur le genre, validé en 2024, se trouve depuis juin 2026 dans les services du Premier ministre. La Ligue pour l'éducation de la femme et de l'enfant (LEFE) porte de son côté une proposition de Code des personnes et de la famille.

Le calendrier croise celui de MIROIR. La LEFE a demandé au gouvernement et au Parlement de faire de la session de novembre 2026 celle de l'adoption de ces deux textes, et le ministère avait annoncé en août l'examen du projet de loi au cours de cette session. Le 26 octobre, Human Rights Watch recommandait à son tour une loi spécifique sur les violences domestiques, avec des ordonnances de protection que les victimes pourraient obtenir sans avocat. Les Rencontres se tiendront donc au moment où cette session doit trancher.

Ce que l'art peut apporter

Une scène, une exposition ou un texte dit en public atteignent des personnes que les rapports et les communiqués ne touchent pas. Ils peuvent aussi faire entendre des voix qu'on écoute rarement. C'est le pari de MIROIR.

La limite est connue, et Marie-Noëlle Graobé la nomme elle-même : sensibiliser ne suffit pas. L'utilité de la soirée se mesurera à ce qui la prolonge. Les organisateurs prévoient-ils d'orienter les victimes vers des structures d'écoute ou d'accompagnement ? Des actions sont-elles annoncées pendant les seize jours de mobilisation qui suivent ? [À PRÉCISER AVEC LES ORGANISATEURS.]

Une semaine culturelle déjà chargée

Le rendez-vous tombe aussi en pleine semaine des 30 ans des Écrans noirs, du 21 au 28 novembre au Palais des congrès, sous le thème « Écrans noirs, 30 ans : le cinéma, notre arme de paix ». Deux événements, la même semaine, défendent ainsi l'idée d'un art utile à la société. Ils se disputeront aussi l'attention du public et des médias de la capitale.

Après le 25 novembre

Le rendez-vous est fixé au mercredi 25 novembre 2026 à la Maison des Associations de Yaoundé. Pour une première édition, le défi sera double : réunir artistes et public autour d'un sujet difficile, puis donner une suite à la soirée. Le même mois, le Parlement peut doter le pays d'une loi sur les violences faites aux femmes. Le miroir tendu par les artistes rappellera, ce soir-là, pourquoi ce texte est attendu.