Mémoire : Arnold Fokam expose le souvenir de Bimbia à la foire 1-54 de Londres
Quelle place accordons-nous aux sites de mémoire qui façonnent notre propre histoire ?
ART PLASTIQUE


Alors que le public sait souvent citer des édifices patrimoniaux situés à l'autre bout de la planète, quelle place accordons-nous aux sites de mémoire qui façonnent notre propre histoire ? C'est à cette interrogation essentielle que répond le plasticien camerounais Arnold Fokam. Invité à la prestigieuse foire d’art contemporain africain 1-54, qui se tient du 15 au 18 octobre à Somerset House à Londres, l'artiste présentera le second volet de sa série acclamée « Pour que vienne la pluie », consacrée au site historique de Bimbia.
Situé dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, le port de Bimbia constitue l'un des lieux majeurs de la traite transatlantique et de la déportation des captifs africains. En portant ce patrimoine mémoriel sur la scène artistique londonienne, Arnold Fokam offre une opportunité précieuse de redécouvrir les créateurs contemporains du continent à travers la profondeur de leurs réflexions et la charge historique des récits qu'ils transmettent.
Une poétique visuelle entre le cycle de l'eau et les résonances du paysage
Au cœur de la démarche d'Arnold Fokam réside une recherche plastique singulière qui fait converser la matérialité de l'histoire avec les éléments naturels. Dans la suite de la série « Pour que vienne la pluie », le plasticien explore la manière dont la géographie et les écosystèmes conservent l'empreinte des drames passés :
La mémoire des éléments : L'artiste tisse un lien métaphorique entre le cycle de l'eau — symbole d'érosion, de purification et de perpétuel renouvellement — et la résistance des pierres de Bimbia.
Ce que gardent les paysages : Même lorsque les témoins directs ont disparu et que les voix se sont tues, la terre et l'eau continuent de porter les murmures, les blessures et les récits secrets de ces lieux de déportation.
par cette poétique environnementale et mémorielle, la création plastique devient un médium de transmission vivante, capable de réveiller la conscience mémorielle à partir des traces laissées par le temps.
Un rayonnement international qui interroge notre regard sur le patrimoine local
La foire 1-54 à Somerset House représente l'une des vitrines internationales les plus influentes pour le marché et la critique de l'art contemporain africain. La présence d'un créateur camerounais à cet événement met en lumière la vitalité et la maturité de la scène artistique nationale.
Toutefois, au-delà de la consécration londonienne, ce travail agit comme un miroir tendu vers notre rapport quotidien au patrimoine :
Valorisation des récits nationaux : La démarche d'Arnold Fokam rappelle que l'art contemporain ne se contente pas d'être esthétique ; il s'impose comme un instrument d'archivage visuel et de réappropriation de la mémoire collective.
Une invitation à la redécouverte : En interrogeant le silence de Bimbia à l'étranger, l'exposition invite les citoyens à poser un regard neuf et curieux sur les lieux de mémoire proches de chez eux, trop souvent méconnus ou délaissés.
En faisant résonner l'histoire de Bimbia au cœur de la capitale britannique, Arnold Fokam démontre que les créations plastiques africaines portent en elles des messages universels, tout en nous exhortant à préserver et célébrer les monuments et les espaces qui racontent notre propre identité.
