L'artiste Wamen sort « Vie d'adulte », un premier album entre héritage camerounais et vertige de grandir

Franco-camerounaise, Wamen sort son premier album « Vie d'adulte ». Douze titres sur la famille, le doute et l'héritage de Yaoundé à Paris.

MUSIQUE

Guy Etom

9/8/20263 min read

Wamen
Wamen

Il y a des noms d'artiste qui se choisissent par calcul marketing. Celui de Wamen s'est transmis. En 2016, à la mort de sa grand-mère, la jeune chanteuse française d'origine camerounaise hérite de son prénom et décide de le porter sur scène, « l'endroit qu'elle aime le plus au monde ». Près de dix ans plus tard, cet héritage devient le cœur battant de son premier album, « Vie d'adulte », déjà disponible en précommande.

Une voix née entre deux rives

Wamen a grandi à Yaoundé jusqu'à l'adolescence avant de traverser la Méditerranée pour poursuivre ses études à Paris. Elle passe par une prépa littéraire, puis Sciences Po, avant de tout quitter pour suivre les Cours Florent et se former au théâtre et à la production artistique. Le rap et le RnB français la rattrapent en chemin : elle comprend, à leur écoute, ce qu'un texte peut faire à quelqu'un, et se met à écrire pour de bon.

Ses références racontent cette même double culture : Henri Dikongué et Lady Ponce d'un côté, Jacques Brel et Édith Piaf de l'autre, Aretha Franklin et Nina Simone au centre de tout. Musicalement, elle évolue dans un univers R&B et soul, avec une approche vocale qu'elle dit avoir affinée au fil des années — un chemin qu'on peut suivre depuis son EP « RE » (2025) jusqu'aux singles « Discipline », « Jardin », « Mon autre » ou « Maman ».

Son enfance n'a pas été simple : harcelée à cause de son poids et de la couleur de sa peau, elle raconte avoir fait de la musique un refuge avant d'en faire une arme. Ce vécu affleure dans « Discipline », le titre qui l'a fait connaître et qui est devenu, selon ses propres mots, une sorte d'hymne contre un sexisme qu'elle juge banalisé.

« Vie d'adulte » : douze morceaux pour raconter la vie sans filtre

Après avoir dévoilé le single-titre en mars 2026, Wamen annonce que « Vie d'adulte » sera bien plus qu'une chanson : son tout premier album, composé de douze morceaux, d'« Intro » à « Outro », en passant par « Maman », « Ego », « Douter », « Croix », « Enfin », « Hauteur » ou encore « Ma Lettre ».

L'ambition affichée est simple à énoncer, plus difficile à tenir : parler de la vie dans sa complexité, loin des clichés. Wamen construit son album à partir de son propre vécu — les relations, la famille, les aspirations, les doutes qui viennent avec l'âge adulte — mais avec l'idée que ces expériences intimes puissent parler à un public bien plus large qu'elle.

La famille occupe une place à part dans le projet. L'introduction de l'album s'ouvre sur la voix de sa grand-mère, celle-là même qui lui a donné son nom de scène, enregistrée en train de chanter une berceuse qu'elle interprétait déjà avant la naissance de Wamen. Sa mère, elle aussi, traverse le récit de l'album comme une présence structurante dans son parcours.

Un album pensé pour la scène, et pour le Cameroun

Wamen ne conçoit pas « Vie d'adulte » comme un objet destiné à la seule écoute. Elle prépare une tournée, la Ruche Tour, qui s'étendra sur 2026 et 2027 avec des dates à Rennes, Nantes, Sannois, Massy, Lyon, Marseille, Bordeaux et Paris.

Pour un public camerounais ou plus largement africain, ce premier album touche à quelque chose de familier : le prix de la réussite loin des siens, la difficulté de rester proche d'une famille pendant qu'on construit une carrière ailleurs, un thème qui traverse toute une génération de la diaspora. Wamen n'écrit pas comme une exilée nostalgique, mais comme quelqu'un qui a grandi à Yaoundé avant de partir, et qui continue de revendiquer les deux appartenances à parts égales. En ouvrant son album sur la voix de sa grand-mère plutôt que sur un beat, elle affirme d'entrée que ce récit d'adulte reste ancré dans une transmission bien camerounaise, celle qui passe par les femmes d'une famille.

Son ascension arrive aussi à un moment où la scène RnB/soul en français portée par des artistes d'origine africaine gagne du terrain en Europe, sans que le Cameroun en tire toujours la visibilité qu'il mériterait. Wamen fait figure d'exception : elle cite Henri Dikongué et Lady Ponce aux côtés de Nina Simone, et son parcours, de la moquerie subie enfant à cause de sa carrure et de sa couleur de peau jusqu'à l'affirmation assumée de son identité sur scène, résonne avec des débats encore vifs au pays sur l'image du corps et le colorisme.

Avec « Vie d'adulte », Wamen signe donc un premier album qui s'annonce comme un récit musical sur le fait de grandir, de douter, de tomber, de recommencer et de continuer à croire en ses rêves. Devenir adulte, ce n'est peut-être pas avoir toutes les réponses. C'est simplement continuer à avancer malgré les questions et, pour Wamen, le faire sans jamais couper le fil avec Yaoundé.