Labo-Modaperf : la danse camerounaise s'entraîne déjà pour 2027
Retour sur les Labo-Modaperf 2026 à Yaoundé, étape de préparation vers la 8e édition de la biennale internationale Modaperf prévue en 2027 à Dschang.
DANSE


Une vingtaine de compagnies et danseurs venus de huit villes du pays se sont retrouvés à l'espace A(fro)Topos de Yaoundé, du 17 au 22 août 2026, pour la première étape des Labo-Modaperf. Cette session de formation trace la route vers la huitième édition de la biennale internationale Modaperf, prévue en novembre 2027 à Dschang.
Une semaine pour affûter les gestes et les idées
Pendant cinq jours, chorégraphes et performeurs venus de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Bamenda, Bertoua, Buea, Dschang et Nanga Eboko ont travaillé sur l'écriture des pièces, la mise en scène et la conceptualisation des spectacles. Les matinées étaient consacrées à la théorie, les après-midis à l'évaluation et à l'expertise technique des mouvements. L'objectif affiché : donner aux artistes émergents des outils professionnels pour améliorer leurs projets et les préparer à répondre aux exigences d'une scène internationale.
Zora Snake, artiste performeur et directeur de la biennale, encadrait personnellement l'atelier. Il porte le festival depuis sa création en 2017 et en a fait, au fil des éditions, un lieu de recherche autant qu'un tremplin pour la nouvelle génération de danseurs camerounais.
Modaperf, un festival qui a grandi avec le pays
Né sous le nom de Festival international mouvement, danse et performance, l'événement est devenu biennale à partir de 2023, année où sa sixième édition s'est tenue à Dschang sur le thème « L'A(E)ncre mémoires : territoire, corps et développement local ». Depuis ses débuts, la manifestation s'est appuyée sur des partenaires comme l'Institut français du Cameroun ou l'Alliance franco-camerounaise de Dschang, aux côtés d'appuis européens ponctuels. La prochaine rencontre, en novembre 2027, se tiendra une nouvelle fois à Dschang et dans le village voisin de Sonkeng, dans la région de l'Ouest.
Ce choix de la ville de Dschang, loin des circuits habituels de Yaoundé et Douala, dit quelque chose de l'ambition du festival : sortir la création contemporaine des seuls centres urbains et l'ancrer dans les territoires, jusque dans les campagnes de l'Ouest camerounais.
Ce que ces laboratoires disent de la scène culturelle camerounaise
Les Labo-Modaperf répondent à un manque concret. Beaucoup de jeunes danseurs camerounais construisent des propositions artistiques solides mais peinent à les structurer pour convaincre des programmateurs, décrocher des résidences ou signer des contrats à l'international. En resserrant l'écart entre la créativité du terrain et les standards attendus sur les plateaux internationaux, Zora Snake et son équipe travaillent autant sur les corps que sur les carrières.
Cette démarche s'inscrit dans un contexte où les filières de formation artistique restent rares au Cameroun, en dehors de quelques écoles et compagnies qui font elles-mêmes office d'incubateurs. Un festival capable de mobiliser des artistes de huit villes différentes en pleine période de vacances scolaires révèle aussi une demande réelle, chez les danseurs camerounais, de cadres structurés pour progresser et se faire connaître.
En misant sur la décentralisation, la biennale participe également à une réflexion plus large sur la place de la culture dans le développement local, un enjeu que Dschang avait déjà exploré lors de précédentes éditions consacrées à la mémoire des territoires. À un an de la huitième édition, ces premiers laboratoires posent les bases d'une programmation qui devra, une fois de plus, faire dialoguer les scènes locales et le regard international porté sur la danse contemporaine africaine.
