La caravane du Ngondo passe à Yaoundé : le peuple sawa se prépare à célébrer « Épéné »

Le Ngondo 2026 se prépare sous le thème « Épéné ». Retour sur la caravane sawa à Yaoundé et les enjeux d'un festival désormais classé à l'Unesco.

PATRIMOINE

Guy Etom

9/18/20263 min read

Le 16 septembre, sa majesté Gaston Mbodi Épée, chef de premier degré du canton Bassa et président du comité d'organisation du Ngondo, a rencontré au Palais polyvalent des sports de Yaoundé les ressortissants de la communauté sawa établis dans la capitale. Cet échange s'inscrit dans une tournée plus large des différents cantons sawa, organisée dans le cadre des préparatifs de l'édition 2026 du Ngondo dont le thème retenu est « l'éveil du peuple sawa ». La prochaine édition se tiendra les 5 et 6 décembre à Douala, ville berceau de cette fête traditionnelle inscrite au patrimoine mondial.

Une tournée pour associer la diaspora sawa à l'organisation

À Yaoundé comme dans les autres étapes de la caravane, le chef supérieur a conduit une délégation du bureau exécutif venue recueillir les avis des filles et fils sawa établis hors de Douala. Devant l'assistance, sa majesté a rappelé que le Ngondo ne se limite pas aux grandes cérémonies du bord du Wouri, mais vit aussi à travers celles et ceux qui, où qu'ils résident, restent attachés à leur histoire et à leur culture. Le message porte une intention claire : faire de chaque Sawa, même loin de Douala, un acteur de la préparation de l'événement, et non un simple spectateur de la fête finale.

« Épéné », un thème puisé dans le message des ancêtres

Le thème de cette édition n'a rien d'un slogan choisi au hasard. Il a été révélé le 28 avril dernier au palais de la Culture sawa, en présence du président en exercice du Ngondo et des chefs des autres cantons. Selon le récit qui en a été fait à la presse, ce mot vient du message livré par les ancêtres lors du culte des oracles de l'eau, cérémonie tenue sur les berges du Wouri au moment de l'immersion du vase sacré. L'exhortation qui en ressort invite la communauté à rester attentive aux changements de son époque, à les anticiper plutôt que les subir, et à agir non pour son seul bénéfice mais pour celui du plus grand nombre.

Le comité d'organisation a par ailleurs annoncé la mise en place de commissions dédiées à l'organisation et à la gouvernance, aux finances et au patrimoine, à la mobilisation des ressources et des partenariats, ainsi qu'au développement économique et à l'entrepreneuriat. Cette structuration traduit une volonté de professionnaliser l'événement, à un moment où son rayonnement dépasse largement les rives du Wouri.

Un patrimoine mondial qui engage toute une communauté

Le Ngondo n'est plus seulement une affaire sawa. Depuis 2024, le culte des oracles de l'eau et les traditions culturelles qui l'accompagnent figurent sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco. Cette reconnaissance change la nature de l'enjeu. Elle transforme un rite communautaire en objet de responsabilité collective, avec l'obligation de le transmettre sans le dénaturer, de l'ouvrir aux visiteurs sans le vider de son sens, et de le faire vivre au-delà du seul cercle des initiés.

L'histoire même du Ngondo rappelle la fragilité de ce type de patrimoine. La cérémonie a été interdite par les autorités camerounaises en 1981 avant d'être rétablie en 1991, preuve que la survie d'une tradition n'a rien d'acquis, même dans un pays qui la reconnaît aujourd'hui comme sienne au niveau mondial. Cette mémoire pèse sur la façon dont les organisateurs actuels envisagent chaque édition : moins comme une répétition rituelle que comme un acte de résistance culturelle renouvelé chaque année.

Ce que le Ngondo dit du Cameroun d'aujourd'hui

Dans un pays où la question de l'appartenance ethnique et régionale revient régulièrement dans le débat public, un festival comme le Ngondo occupe une place particulière. Il donne à une communauté les moyens d'affirmer son identité sans pour autant se refermer sur elle-même, puisque les organisateurs invitent les autres peuples du Cameroun et d'Afrique à y prendre part, faisant de cette cérémonie traditionnelle une véritable destination touristique ouverte. Le pari n'est pas mince : concilier la dimension initiatique et sacrée, réservée aux gardiens de la tradition, avec une vitrine publique capable d'attirer un public national et continental.

Pour la jeunesse urbaine, souvent plus tournée vers les cultures globalisées que vers les rites de ses aînés, le Ngondo fonctionne aussi comme un rendez-vous de transmission. Les commissions annoncées cette année, en particulier celles liées au développement économique et à l'entrepreneuriat, montrent que le comité d'organisation cherche à donner à cette transmission une traduction concrète : formation, emploi, retombées locales. C'est peut-être là que se joue l'avenir du festival, dans sa capacité à rester un événement vivant pour ceux qui doivent en hériter, et pas seulement un souvenir célébré une fois par an sur les rives du Wouri.