Journées du ciné-café : le pôle cinéma du Minac installe un rendez-vous mensuel au Musée national
Le pôle cinéma du Minac a lancé le 29 octobre 2026 à Yaoundé les Journées du ciné-café : projections gratuites et mensuelles de courts-métrages camerounais.
LITTÉRATURE


Le pôle cinéma du ministère des Arts et de la Culture a tenu, le jeudi 29 octobre 2026 à Yaoundé, la première séance de ses Journées du ciné-café. Quatre courts-métrages camerounais, une cinquantaine de spectateurs, et une promesse : revenir chaque mois, entrée libre, sur l'esplanade du Musée national. Dans une capitale qui ne compte plus que quelques salles, le pari mérite qu'on s'y arrête.
Quatre courts-métrages pour un premier rendez-vous
La séance s'est tenue en plein air, sur l'esplanade qu'occupe le pôle cinéma au Musée national de Yaoundé. Ce jeudi 29 octobre, une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement : des comédiens, des réalisateurs, et des cinéphiles venus voir ce que donnait cette nouveauté.
Le programme tenait en un peu plus d'une heure. « Le Salut », de Passy Nga, ouvrait la soirée avec ses 23 minutes. Suivaient « Ivou » (13 minutes), attribué à Jean-Baptiste Bekolo, puis deux films de Christophe Mvogo, « À petit feu » (18 minutes) et « Greedy » (12 minutes). Que du court, que du camerounais.
L'entrée était libre. Elle le restera, selon les organisateurs, qui annoncent une séance par mois au même endroit. L'objectif affiché dépasse la simple projection : le pôle veut faire de ces soirées un lieu où les professionnels se rencontrent, discutent de leur travail et le font connaître.
Une vitrine pour ceux qui n'en ont pas
L'initiative porte la signature de Marcel Mvondi Abeng, coordonnateur départemental du pôle cinéma dans le Mfoundi. Formateur d'acteurs et de comédiens depuis de longues années, il dit avoir fait un constat simple : le cinéma local piétinait, et ses acteurs n'avaient nulle part où se croiser. « Il n'y avait pas un cadre pour permettre aux cinéastes de se retrouver », a-t-il expliqué à nos confrères de Cameroon Tribune. Le ciné-café doit combler ce manque et donner un peu de lumière aux talents camerounais.
Les jeunes créateurs sont les premiers visés. Le cinéaste Joël Patrick Oyono rappelle que beaucoup d'entre eux peinent à faire voir leurs films. Les demandes arrivent en continu, selon lui, de jeunes qui cherchent une occasion de se faire connaître. La séance mensuelle leur ouvre une porte.
Le choix du court-métrage se comprend. C'est le format des débuts, celui qu'on tourne avec un budget serré et une équipe d'amis. C'est aussi celui qui trouve le moins de débouchés : aucune salle commerciale ne programme un film de douze minutes, et les festivals ne retiennent qu'une poignée d'œuvres chaque année. Entre les deux, il reste YouTube, les réseaux sociaux et les projections privées. Un écran public, régulier et gratuit change la donne pour un réalisateur qui n'a jamais vu son film devant des inconnus.
Ce que dit ce rendez-vous du cinéma camerounais
Un écran de plus dans une ville qui en manque
Yaoundé a longtemps vécu sans cinéma. Le cinéma Abbia, dernière des huit salles que comptait la capitale, a fermé le 12 janvier 2009. Il a fallu attendre juin 2016 et l'ouverture de CanalOlympia sur le campus de l'Université de Yaoundé I pour retrouver une vraie salle. L'embellie a duré neuf ans : en juin 2025, le groupe a fermé l'établissement et rétrocédé le bâtiment à l'université, avant de quitter Douala-Bessengué cinq mois plus tard.
Des exploitants locaux ont repris une partie du terrain. Majestic a rouvert Bessengué fin décembre 2025, Sylver Screen a relancé les salles du Douala Grand Mall, et le campus de Ngoa-Ekellé accueille de nouveau des projections. Le portail IciCiné ne recense pourtant qu'une poignée d'écrans actifs à Yaoundé, dont celui de l'Institut français. Pour un étudiant ou un comédien débutant, le cinéma reste une sortie rare et payante.
Une séance gratuite au Musée national, en plein centre-ville, ne remplace pas une salle. Elle rappelle en revanche qu'un film peut se voir ensemble, sur grand écran, sans passer par un téléphone.
Primé à Venise, invisible à domicile
L'année 2026 a placé le cinéma camerounais face à un paradoxe. Le 12 septembre, à la Mostra de Venise, « La Maison du vent » d'Auguste Bernard Kouemo Yanghu a reçu le Prix spécial du jury de la section Orizzonti et le Lion du futur, qui récompense le meilleur premier film. Aucun film camerounais n'avait été retenu en sélection officielle à Venise depuis « Muna Moto » de Jean-Pierre Dikongué Pipa, en 1975.
À Yaoundé, le festival Écrans noirs prépare sa 30e édition, du 21 au 28 novembre au Palais des congrès. Ce sera la première sans son fondateur, Bassek Ba Kobhio, décédé le 12 mai 2026. Le comité de sélection a reçu 423 films venus de 18 pays et en a retenu 38.
La création existe donc, et elle se fait remarquer. Le maillon faible se situe ailleurs : entre le tournage et le public. Les grands festivals font briller quelques œuvres, une semaine par an. Le reste du temps, la plupart des films camerounais, et surtout les courts, n'ont nulle part où être vus. Le ciné-café s'attaque précisément à cet angle mort, à son échelle.
Les pôles du Minac face à l'épreuve de la régularité
Le ministère des Arts et de la Culture s'appuie depuis plusieurs années sur des pôles artistiques et culturels, 25 au total en 2021, chacun dédié à une discipline. Dès cette année-là, l'esplanade du Musée national avait été désignée comme site de promotion des activités artistiques. Le pôle danse y organise déjà ses propres rencontres. Le pôle cinéma rejoint donc un lieu identifié du public.
Le calendrier politique compte aussi. En février 2026, le ministère a annoncé le passage à la phase opérationnelle de sa réforme de structuration du secteur, prévue par la loi du 20 juillet 2020. La feuille de route met l'accent sur les industries culturelles et créatives, leur professionnalisation et leur visibilité. Un rendez-vous mensuel de diffusion est l'une des traductions les plus concrètes de cette ambition, et l'une des moins coûteuses.
Reste la question de la durée, celle qui guette tout projet culturel lancé avec enthousiasme. Tenir une séance par mois suppose du matériel en état, une programmation renouvelée, une communication suivie, et un public qui revienne. Plusieurs points restent à préciser : la manière dont les films sont sélectionnés, la rémunération éventuelle des réalisateurs, et la possibilité d'essaimer hors du Mfoundi, puisque le pôle dispose de coordinations départementales.
Une formule qui parle au reste du continent
Le principe n'a rien d'exotique pour un lecteur de Ouagadougou, de Dakar ou de Kinshasa. Partout où les salles ont fermé, des ciné-clubs, des projections en plein air et des caravanes de cinéma ambulant ont pris le relais, souvent portés par des associations. Au Cameroun même, le réseau Cinéma numérique ambulant pratique déjà la projection itinérante. La différence tient ici au porteur : c'est un service de l'État qui ouvre son espace et s'engage sur un rythme. Si la promesse tient, l'expérience pourrait servir de modèle à d'autres capitales d'Afrique centrale confrontées au même désert de salles.
Rendez-vous le mois prochain
Une cinquantaine de spectateurs, quatre films, une esplanade : la première édition des Journées du ciné-café a eu la taille d'un essai. Personne ne lui demandait davantage. Sa valeur se mesurera à la deuxième séance, puis à la dixième, à la capacité du pôle cinéma à renouveler son programme et à faire revenir des réalisateurs qui n'ont, pour l'heure, aucun autre écran.
La date de la prochaine séance n'a pas encore été communiquée. Si le rythme mensuel est tenu, elle tombera en novembre, un mois chargé, avec les Écrans noirs en fin de mois. Les deux rendez-vous ne jouent pas dans la même catégorie, et c'est tant mieux : le festival montre ce que le cinéma africain fait de mieux, le ciné-café laisse sa chance à ce qu'il prépare.
