Festival Mendzé à Ndzal 2026 : la cuisine de la Haute-Sanaga à l'honneur à Yaoundé
Du 27 au 30 août 2026, le Musée national de Yaoundé a accueilli la deuxième édition du festival culinaire « Mendzé à Ndzal », consacré aux saveurs de la Haute-Sanaga et à la transmission de ce patrimoine aux jeunes générations.
PATRIMOINE


La deuxième édition du festival « Mendzé à Ndzal » a fermé ses portes le 30 août 2026 sur l'esplanade du Musée national de Yaoundé, au terme de quatre jours consacrés à la cuisine de la Haute-Sanaga. Portée par la cheffe cuisinière Sandrine Ebogo, la manifestation tire son nom d'une expression nanga qui désigne « les repas ou nourriture du village ». Du 27 au 30 août, les visiteurs ont pu goûter des préparations construites autour d'épices propres à la région, la « Vàa » et le Bissaum, utilisées pour relever poissons d'eau douce, viandes de brousse et plats traditionnels.
L'un des apports concrets du festival tient à un travail de clarification que peu d'initiatives culinaires osent entreprendre : distinguer le « nkanda », sauce associée aux ressortissants Nanga du Centre, du « mbol », souvent confondu avec lui alors qu'il renvoie à une préparation différente. Cette mise au point n'a rien d'anecdotique. Dans un pays où plus de deux cent cinquante langues et traditions culinaires coexistent, les appellations circulent parfois plus vite que la connaissance précise de ce qu'elles recouvrent, au point que des plats voisins finissent par se fondre dans une même étiquette approximative.
L'ambition affichée par la promotrice va au-delà de la dégustation. Selon elle, l'événement vise à rapprocher les jeunes, et en particulier les filles, de l'art culinaire traditionnel. Cette orientation touche à une question que beaucoup de familles camerounaises connaissent bien : la transmission des savoir-faire du terroir se fait de moins en moins par la cuisine familiale, à mesure que la restauration rapide et les habitudes urbaines redessinent les repères alimentaires des nouvelles générations. Réintroduire ces gestes dans un cadre festif, plutôt que scolaire ou strictement patrimonial, change la manière dont ils peuvent être reçus par un public jeune.
Le choix du Musée national comme cadre n'est pas neutre non plus. En installant une cuisine régionale au cœur d'un lieu voué à la mémoire et à l'histoire du pays, le festival place la gastronomie de la Haute-Sanaga au même rang que les autres expressions du patrimoine national, aux côtés de l'art plastique, de la sculpture ou de l'artisanat déjà exposés dans ces murs. Pour une cuisine locale, souvent reléguée au registre du folklore régional ou de la nostalgie familiale, ce déplacement symbolique compte.
Le festival s'inscrit enfin dans un mouvement plus large observable ces dernières années au Cameroun, celui d'initiatives portées par des acteurs privés, souvent des femmes, pour documenter et remettre en circulation des pratiques culinaires locales avant qu'elles ne s'effacent faute de relais générationnel. Ce type d'événement pose une question qui dépasse la seule Haute-Sanaga : comment les terroirs camerounais, et plus largement africains, peuvent-ils faire vivre leurs cuisines de village sans les figer dans une vitrine touristique, tout en leur donnant une place réelle dans le quotidien des jeunes urbains. La deuxième édition de « Mendzé à Ndzal » n'y répond pas entièrement, mais elle en dessine une piste, celle d'un festival qui remet une région et sa cuisine dans la conversation nationale, ne serait-ce que pour quatre jours.
