Festival international Kana 2026 : le Tchad en invité, Ekounou comme nouvelle scène
Du 15 au 21 novembre 2026, le Festival international Kana réunit danses patrimoniales et délégation tchadienne à Ekounou, Yaoundé IV.
PATRIMOINE


Du 15 au 21 novembre 2026, le Festival culturel international Kana tient sa troisième édition à Yaoundé. Le rendez-vous des danses patrimoniales s'installe pour la première fois sur l'esplanade de la mairie de Yaoundé IV, à Ekounou, et accueille une délégation venue du Tchad. Un pas vers l'ouverture régionale que revendique sa promotrice, Olive Meli, dans une fin d'année où les grands événements culturels se bousculent dans la capitale.
Un festival de danses patrimoniales aux ambitions régionales
Le Festival culturel international Kana est porté par sa promotrice, Olive Meli. Elle en a présenté les grandes lignes le 23 septembre 2026, lors d'un point de presse à Yaoundé.
Le cœur du projet reste la danse patrimoniale, ces répertoires transmis d'une génération à l'autre dans les villages et les communautés. Kana ratisse pourtant plus large. Olive Meli décrit une plateforme « panafricaine et internationale » qui met en avant, dans un même mouvement, le patrimoine immatériel, les langues nationales, les expressions artistiques traditionnelles, les produits du terroir et les femmes qui entreprennent.
Cette combinaison dit beaucoup de la manière dont le festival se conçoit. La scène attire le public ; autour d'elle se greffent un marché, une place faite aux langues nationales et une vitrine pour l'entrepreneuriat féminin. Avec trois éditions au compteur, Kana appartient encore à la génération des jeunes festivals camerounais, ceux qui construisent leur public et leur réputation année après année.
Le Tchad en invité, Ekounou comme nouvelle scène
La grande nouveauté de 2026 vient du Tchad. Olive Meli a annoncé que le Ballet national du Tchad rejoint l'aventure, et elle présente cette participation comme l'innovation majeure de l'édition. La formation tchadienne a été lancée en 1969 par deux artistes, avant d'être instituée en 1982 par le ministère de la Culture. Elle s'était fait remarquer en 1977 au deuxième Festival des arts nègres de Lagos et revendique plus d'une centaine de danses issues des différents peuples du pays, selon sa fiche sur Music in Africa.
Pour préparer la venue des artistes, un émissaire a déjà fait le déplacement jusqu'à Yaoundé afin de caler les détails avec l'équipe camerounaise. Il s'agit de Yonoudjoum Djasra Ngueadoum, directeur artistique de l'Association d'échanges culturels Kadja-Kassi Dingé, qui conduit le Ballet Irifé. Il présente sa compagnie comme un ensemble qui mêle répertoire patrimonial, créations tradi-modernes et numéros acrobatiques. Quinze artistes monteront sur scène, encadrés par deux administrateurs.
Deuxième changement, le lieu. Pour la première fois, le festival s'installe sur l'esplanade de la commune d'arrondissement de Yaoundé IV, dans le quartier Ekounou. Une esplanade municipale plutôt qu'une salle fermée : le choix met les spectacles à portée de marche des riverains.
Ce que Kana dit de la culture camerounaise en 2026
Le patrimoine immatériel, un dossier devenu prioritaire
Le Cameroun a ratifié le 16 octobre 2012 la convention de l'Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (Unesco). Il a fallu attendre onze ans pour qu'un premier élément camerounais entre sur la liste représentative : le Nguon des Bamoun, le 6 décembre 2023. Le Ngondo des Sawa a suivi le 4 décembre 2024, à Asunción.
Ces deux inscriptions ont changé le regard porté sur les pratiques traditionnelles. Elles rappellent aussi ce que l'Unesco examine de près : la vitalité d'une pratique au sein de la communauté qui la porte. En 2023, le Cameroun a d'ailleurs sollicité le Fonds du patrimoine culturel immatériel pour un inventaire pilote couvrant les dix départements de la région du Centre, celle de Yaoundé.
C'est là que des festivals comme Kana trouvent leur utilité, et leur limite. Ils offrent une scène à des danses qui en manquent en ville. Le risque est connu de tous les programmateurs : réduire un rite à un numéro de quelques minutes, détaché de son contexte. La valeur d'un tel rendez-vous se mesurera aussi à ce qu'il documente, explique et transmet aux plus jeunes.
Les communes, nouveaux partenaires de la culture
Le passage par l'esplanade de la mairie de Yaoundé IV n'a rien d'anecdotique. Depuis le code général des collectivités territoriales décentralisées de décembre 2019, les communes exercent des compétences culturelles précises. Elles organisent au niveau local des journées culturelles et des manifestations culturelles traditionnelles, et elles appuient les associations culturelles (loi n° 2019/024, article 156).
Un festival de danses patrimoniales accueilli par une mairie d'arrondissement montre ce que la décentralisation peut produire sur le terrain culturel. Pour un promoteur, la commune devient un interlocuteur qui dispose d'espaces, de relais auprès des habitants et d'un mandat légal en matière de culture. Reste à savoir si ce type de partenariat s'installe dans la durée ou se renégocie à chaque édition.
Le Tchad, un voisin culturel
Faire venir des danseurs tchadiens à Yaoundé a une portée qui dépasse l'affiche. Les deux pays partagent une longue frontière, et plusieurs peuples, parmi lesquels les Kotoko, les Massa ou les Toupouri, vivent de part et d'autre de celle-ci. Sur scène, le public d'Ekounou pourra reconnaître des gestes, des rythmes ou des costumes qui circulent depuis longtemps entre l'Extrême-Nord et le sud du Tchad.
Pour Kana, l'enjeu consiste aussi à donner du poids au mot « international » inscrit dans son nom. Une première délégation étrangère constitue un jalon. La régularité des invitations, et leur diversité, feront la différence dans les éditions à venir.
Culture, commerce et femmes entrepreneuses
En réservant une place aux produits locaux et aux femmes qui entreprennent, Kana rejoint l'orientation affichée par le ministère des Arts et de la Culture : développer les industries culturelles et créatives pour rendre le secteur économiquement rentable, dans la ligne de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Pour une vendeuse de mets traditionnels, une artisane ou une transformatrice de produits agricoles, une semaine d'affluence dans son propre quartier représente un débouché concret.
Le festival évolue toutefois dans un paysage très dense. Le site du Minac relaie régulièrement des rendez-vous qui revendiquent eux aussi une dimension internationale, à l'image du BIA SO MENGONG International Festival, dont la 5e édition s'est tenue cet été à Mengong, dans la Mvila. Pour un festival de trois éditions, convaincre partenaires et institutions passe par une identité nette.
Une fin d'année saturée
Le calendrier ajoute une contrainte. Kana referme ses portes le 21 novembre, le jour même où s'ouvre à Yaoundé la 30e édition des Écrans Noirs, jusqu'au 28 novembre, la première sans son fondateur Bassek Ba Kobhio. Du 4 au 13 décembre, le Noun célébrera ensuite la 549e édition du Nguon.
Public, médias et sponsors seront sollicités de toutes parts. Kana dispose d'un atout dans cette mêlée : un créneau précis, la danse patrimoniale, et une implantation de quartier qui ne concurrence pas de front les grands rendez-vous de la capitale.
Une troisième édition qui fait office de test
Pour un festival, la troisième édition a souvent valeur de charnière. L'effet de nouveauté s'est dissipé et l'installation dans la durée n'est pas encore acquise. Kana l'aborde avec un nouveau site, un premier partenaire étranger et un projet qui relie la scène, les langues, le marché et l'entrepreneuriat féminin.
Du 15 au 21 novembre, Ekounou dira si la formule prend. Riverains, troupes et partenaires institutionnels seront les premiers juges. Au-delà du spectacle, le festival a l'occasion de montrer qu'un rendez-vous de quartier peut aider, à son échelle, à garder vivantes des danses que beaucoup de citadins ne croisent plus qu'au détour d'une cérémonie familiale.
