Festival international du Mbôl : quand l'Est camerounais remet ses saveurs à l'honneur

Du 17 au 22 août, le Musée National de Yaoundé a célébré le Mbôl : plats du terroir, savoir-faire féminin et fierté culinaire de l'Est Cameroun.

PATRIMOINE

Guy Etom

8/27/20264 min read

Une marmite de Mbôl
Une marmite de Mbôl

Du 17 au 22 août 2026, l'esplanade du Musée National de Yaoundé s'est transformée en vitrine gastronomique et culturelle dédiée à la Région de l'Est. Portée depuis plusieurs éditions par la journaliste et promotrice Rolande Agonge (également connue sous le nom de Rolande Agong Miessao), cette nouvelle édition du Festival international du Mbôl a une nouvelle fois placé les traditions culinaires « du terroir » au centre du débat sur l'identité culturelle camerounaise.

Le Mbôl, star d'un patrimoine culinaire méconnu

Le Mbôl — cette sauce épaisse et gluante préparée à base de viande, de poisson fumé, de crevettes, d'écrevisses et d'aubergines, propre aux quatre départements de la Région de l'Est (Haut-Nyong, Kadey, Boumba-et-Ngoko et Lom-et-Djérem) — reste le plat emblématique de la manifestation. Mais le festival ne s'y limite pas : d'autres mets traditionnels comme le « Kokor », le « Minkelimessan » ou encore le « Fiatantege » y ont également été exposés et dégustés cette année, aux côtés du Mbôl.

Au-delà de son goût, ce plat est présenté par sa promotrice comme porteur d'un véritable art de vivre. Selon des propos qu'elle avait déjà tenus lors d'éditions précédentes du festival, le Mbôl serait doté de vertus multiples dans la tradition — utilisé notamment pour accompagner la montée laiteuse chez les jeunes mères ou soulager certains troubles digestifs — ce qui en ferait, dans l'imaginaire collectif des populations de l'Est, presque un remède autant qu'un mets.

Un festival né d'un constat : l'invisibilité numérique et culturelle de la cuisine de l'Est

L'initiative est partie d'un double constat dressé par Rolande Agonge : d'une part, l'éloignement progressif de nombreux ressortissants de l'Est vis-à-vis de leurs habitudes culinaires d'origine ; d'autre part, la quasi-absence d'informations sur ces spécialités régionales, y compris sur les moteurs de recherche. Ce vide a motivé la création d'un événement capable de documenter, transmettre et faire rayonner ce patrimoine gastronomique, aussi bien auprès des populations de l'Est éloignées de leur région que du grand public camerounais et international.

Depuis sa création, le festival a d'ailleurs dépassé le seul cadre de Yaoundé : des points de dégustation et rencontres gastronomiques associées ont progressivement été installés dans plusieurs villes du pays — Bertoua, Maroua, Ngaoundéré, Doumé, Nguelemendouka, Anguéngué, Douala, Kribi, Bafoussam, Sangmélima, Foumban — mais aussi au sein de la diaspora camerounaise, à Paris, Marseille et Dresde. Une stratégie assumée par l'équipe organisatrice, pour qui un patrimoine culinaire ne peut rester « l'apanage de ses propres populations » s'il aspire à devenir un véritable label.

Valoriser les femmes, au-delà de l'assiette

L'édition 2026 a marqué une évolution notable dans les ambitions du festival : au-delà de la simple exposition culinaire, l'événement s'est voulu un outil d'autonomisation économique des femmes. Des sessions de formation gratuites, animées par des experts en création et gestion d'entreprise, ont été proposées aux exposantes. L'objectif affiché : les aider à transformer leur savoir-faire culinaire en activités génératrices de revenus durables, et ainsi gagner en indépendance financière.

Cette dimension entrepreneuriale illustre une tendance de fond que l'on observe dans plusieurs festivals gastronomiques du continent, à l'image du Festival de la Marmite (FESMA) organisé à Lomé, qui associe lui aussi valorisation des produits du terroir, réflexion sur les filières agroalimentaires locales et développement économique. Le Mbôl s'inscrit ainsi dans un mouvement plus large, à l'échelle africaine, où la gastronomie traditionnelle devient un vecteur de développement économique autant qu'un outil de préservation culturelle.

Les enjeux : transmission, identité et souveraineté culinaire

Le festival répond à une préoccupation exprimée de longue date par ses organisateurs : le risque de voir les jeunes générations se couper de leur identité culinaire, au profit d'habitudes alimentaires importées ou standardisées. Rolande Agonge a par le passé alerté sur le fait que l'identité culinaire des populations de l'Est aurait fini, avec le temps, par être « consciemment ou inconsciemment » délaissée. Le festival se veut une réponse directe à ce constat : réhabiliter ces mets « du terroir » en milieu urbain, les rendre visibles, désirables et transmissibles.

Dans le contexte camerounais actuel — marqué par une urbanisation rapide, une circulation croissante des influences alimentaires extérieures et une demande sociale forte autour de la valorisation du patrimoine local — ce type d'initiative prend une dimension qui dépasse le strict cadre gastronomique. Il s'agit aussi de cohésion nationale : en réunissant à Yaoundé des mets issus d'une seule région, mais ouverts à la dégustation de tous les Camerounais, le festival du Mbôl se présente comme un espace de rencontre entre les identités régionales qui composent le pays, et comme un outil de fierté culturelle pour une jeunesse en quête de repères.

Reste, pour les éditions à venir, le défi de la pérennisation : structurer davantage les filières de production locales, accompagner la montée en compétence entrepreneuriale des femmes exposantes au-delà du temps du festival, et convertir cette vitrine culturelle en véritable levier économique pour la Région de l'Est — à l'image des ambitions déjà affichées d'en faire, à terme, un label reconnu au-delà des frontières camerounaises.