Festival du Cinéma du Sud : l'Acte VII confirme l'ancrage d'Ebolowa sur la carte culturelle camerounaise

Du 24 au 26 août 2026, la capitale régionale du Sud a vécu, pendant trois jours, au rythme du 7e art.

CINÉMA

Guy Etom

9/1/20264 min read

Loin des salles feutrées de Yaoundé ou de Douala, le Festival du Cinéma du Sud a une nouvelle fois prouvé qu'une manifestation cinématographique peut naître, grandir et se professionnaliser en dehors des métropoles.

Trois jours pour « transmettre le virus du cinéma »

Placée sous le signe de la promotion de la paix, cette septième édition — l'« Acte VII », comme l'appellent désormais fidèlement les organisateurs et la presse locale — a rassemblé à Ebolowa un public nombreux de cinéphiles et de jeunes venus de divers horizons. L'ambition affichée dépasse largement le simple plaisir de la projection : il s'agit, selon les mots mêmes de l'événement, de transmettre le goût du cinéma comme vecteur de paix et comme outil de sensibilisation contre les violences scolaires et conjugales, ou encore contre la consommation de drogue.

Le programme a été dense. Projections de films éducatifs, formations et séances de sensibilisation à destination des jeunes cinéastes, production de courts métrages sur place, élection de la Miss du Cinéma du Sud et foire gastronomique valorisant des produits artisanaux locaux transformés ont rythmé les trois journées. Un palmarès a récompensé plusieurs catégories — metteurs en scène, acteurs, réalisateurs de longs métrages — accompagné de diplômes et de prix spéciaux, dont l'un a été remis au gouverneur de la région.

Le festival est porté par sa promotrice, Patricia Ada Zanga, dont l'engagement a été salué par le Pr Donatus Fai Tanghem, directeur de la cinématographie et des productions audiovisuelles au ministère des Arts et de la Culture (Minac), venu constater sur place l'écho de cette initiative.

Un festival né loin des grands centres, et c'est tout l'enjeu

C'est précisément là que réside l'intérêt de ce rendez-vous pour le paysage culturel camerounais actuel. Depuis plusieurs années, la scène cinématographique nationale se construit autour de deux ou trois pôles bien identifiés — Écrans Noirs à Yaoundé, quelques initiatives à Douala — tandis que le reste du territoire reste largement à l'écart des circuits de diffusion et de formation. Qu'un festival de cinéma tienne sa septième édition consécutive à Ebolowa, chef-lieu d'une région rarement associée à l'industrie audiovisuelle, dit quelque chose d'important : la culture cinématographique camerounaise ne se limite plus à l'axe Yaoundé-Douala, et une partie de sa vitalité se joue désormais dans les villes secondaires.

Cet ancrage régional répond à un besoin réel. Pour beaucoup de jeunes des régions Sud, Centre-Sud ou Sud-Cameroun au sens large, l'accès à une salle de cinéma, à une caméra ou à une formation technique reste un horizon lointain. En proposant sur place des ateliers de production de courts métrages et des sessions de formation, le Festival du Cinéma du Sud joue un rôle que ni l'école, ni le marché de l'emploi, ni les grandes structures culturelles urbaines ne remplissent pour ces jeunes-là.

Le cinéma comme outil social, pas seulement comme spectacle

L'autre enjeu, tout aussi central, tient au thème retenu : la paix, décliné en lutte contre les violences scolaires, les violences conjugales et les drogues. Ce choix inscrit le festival dans une tendance plus large de la création culturelle camerounaise contemporaine, où le cinéma, la musique ou les arts visuels sont de plus en plus mobilisés comme outils de sensibilisation sociale, au même titre que — voire davantage que — comme simples produits de divertissement. Dans un contexte national marqué par des inquiétudes récurrentes autour des violences en milieu scolaire, des tensions familiales et de la consommation de substances chez les jeunes, un festival qui fait du 7e art un vecteur pédagogique répond à une demande sociale bien identifiée par les pouvoirs publics comme par la société civile.

La présence remarquée d'un représentant du Minac, et la remise d'un prix spécial au gouverneur de région, témoignent par ailleurs d'une reconnaissance institutionnelle croissante de ce type d'initiative locale. C'est un enjeu de fond pour le secteur : les festivals portés par des promoteurs individuels, souvent sans grands moyens, ont besoin de cette validation officielle pour espérer pérenniser leur financement et élargir leur audience au-delà du cercle local.

Un maillon parmi d'autres dans l'écosystème africain

Le Festival du Cinéma du Sud s'inscrit dans un mouvement plus vaste de multiplication des rendez-vous cinématographiques à travers le continent et le pays — du Festival international du court métrage de Douala aux nombreuses initiatives portées par le Cinéma numérique ambulant dans plusieurs régions camerounaises. Cette prolifération de petits festivals régionaux, loin d'être anecdotique, participe d'un maillage progressif du territoire qui pourrait, à terme, nourrir une industrie cinématographique camerounaise plus décentralisée et plus représentative de la diversité du pays.

Reste que la principale question pour l'avenir de ce type de manifestation demeure celle des moyens : formation continue des jeunes talents repérés, financement des courts métrages produits sur place, distribution des œuvres réalisées et suivi des lauréats une fois les projecteurs éteints. Sur ce plan, l'Acte VII a « tenu ses promesses », comme le résume la presse nationale — reste à transformer cet élan ponctuel en trajectoire durable pour le cinéma du Sud-Cameroun.