Festival Arabe Choa 2026 : Kousseri célèbre sa culture du 7 au 9 novembre
Du 7 au 9 novembre 2026, Kousseri accueille le festival Arabe Choa. Histoire, contexte et infos pratiques sur ce rendez-vous culturel du Logone-et-Chari.
PATRIMOINE


Du samedi 7 au lundi 9 novembre 2026, Kousseri consacre trois jours à la culture des Arabes Choa, communauté majoritaire de la ville et présente au sud du lac Tchad depuis au moins le XVIIIe siècle. Face à N'Djamena, le chef-lieu du Logone-et-Chari se donne l'occasion de raconter ce peuple autrement que par les crises qui ont fait l'actualité ces dernières années.
Qui sont les Arabes Choa ?
Le mot « Choa » ne vient pas de l'arabe. C'est le nom que leur donnent les Kanouri, ou Bornouans, et on le trouve aussi écrit Choua ou Shuwa. On les appelle parfois « Arabes hassaouna ». Ils se rattachent au grand ensemble des Baggara, ces pasteurs arabophones établis entre le lac Tchad et le Nil, dont le nom vient de bagar, la vache. Leur langue commune est l'arabe tchadien.
Leur arrivée dans la région reste mal datée. Ils seraient venus en nombre au XVIIIe siècle, repoussés au sud du Chari par les Toubou. En 1823, les explorateurs britanniques Dixon Denham et Hugh Clapperton signalent déjà une population arabe sédentaire au sud du lac. À la fin du XIXe siècle, une partie d'entre eux soutient Rabah, le chef de guerre tué en 1900 à la bataille de Kousseri face aux troupes françaises. Les Arabes Choa doivent ensuite payer tribut aux Kotoko, vassaux des Français.
Au Cameroun, ils vivent dans l'Extrême-Nord : Logone-et-Chari, Mayo-Sava, Diamaré et Mayo-Danay, avec une forte présence le long du Chari, entre le lac Tchad et Kousseri. Musulmans sunnites, ils ont gardé une tradition d'éleveurs. L'organisme Joshua Project avance le chiffre d'environ 200 000 personnes au Cameroun, à prendre comme un ordre de grandeur.
Kousseri, ville carrefour
Kousseri est posée sur la rive gauche du Logone, près de sa confluence avec le Chari. En face, N'Djamena : les deux villes forment une même agglomération à cheval sur la frontière, reliées par le pont de N'Gueli. La cité remonte à la civilisation Sao et fut l'une des principautés kotoko, sous le nom de Mser. Son nom actuel viendrait de l'arabe qusur, « les palais ». Les Allemands l'appelaient Kusseri, les Français Fort-Foureau, avant qu'elle ne retrouve son nom historique.
Ville kotoko à l'origine, Kousseri compte aujourd'hui les Arabes Choa comme premier groupe de population. Les conflits tchadiens ont poussé de nombreuses familles arabes à s'y installer. L'arabe tchadien y sert de langue d'échange au quotidien.
Porte d'entrée du Cameroun pour qui arrive du Tchad ou du Nigeria, c'est d'abord une ville de commerce. Le recensement de 2005 y comptait 89 123 habitants, un chiffre ancien que l'afflux de réfugiés tchadiens a depuis fait gonfler.
Trois jours pour une culture
Au programme
Quelques repères aident à lire ce que montrera le festival. Chez les Arabes Choa, les grandes étapes de la vie, fiançailles, mariage, installation des jeunes mariés dans leur foyer, donnent lieu à de grandes réjouissances collectives. L'élevage, socle de leur économie, reste au cœur de l'identité du groupe. Et l'arabe tchadien, leur langue, est aussi celle du marché à Kousseri.
Dans le Logone-et-Chari, la culture sert aussi à recoudre
Le département a connu des épisodes violents entre communautés. En janvier 1992, des affrontements meurtriers ont opposé Kotoko et Arabes Choa à Kousseri, sur fond de rivalité pour le pouvoir local. En 2021, la dispute autour des points d'eau entre éleveurs arabes choa et agriculteurs mousgoum a dégénéré à deux reprises, en août puis en décembre. Bilan : des dizaines de morts et des milliers de personnes réfugiées dans les villes voisines et au Tchad.
Après cette crise, la communauté arabe choa a réuni plus de 6 000 de ses membres à Michediré, dans la commune de Kousseri, à l'appel de son porte-parole, le Dr Kamssouloum Abba Kabir. Chefs traditionnels du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Danay, imams et cadres y ont fait l'état des lieux de l'après-conflit.
Les fêtes culturelles ont pris le relais. Le 28 mai dernier, au lendemain de la Tabaski, l'école publique d'Amchidiré a accueilli la 6e édition d'un festival de danses traditionnelles organisé sous l'égide du maire de Kousseri, Isseini Darkadre. Des troupes venues du Nigeria, du Tchad et de Blangoua y ont présenté la samka, la bazaga ou le malim djidda. C'est dans ce paysage que s'ouvre le festival Arabe Choa.
Rendez-vous à Kousseri
À Kousseri, on parle arabe tchadien au marché et on traverse un pont pour changer de pays. Pendant trois jours, les Arabes Choa vont y montrer ce qu'ils transmettent, à leurs enfants comme à leurs voisins kotoko, mousgoum ou bornouans. Reste à savoir si le public suivra, et si ce festival trouvera sa place durable dans l'agenda culturel du Grand Nord.
