FESTIFOUS 2026 : le livre camerounais se donne rendez-vous au Monument de la Réunification

Le Festifous revient à Yaoundé du 9 au 12 décembre 2026 pour sa 7e édition. Thème, concours inclusifs, pays invité et enjeux pour le livre camerounais.

LITTÉRATURE

Guy Etom

9/16/20264 min read

Annoncé le 10 septembre dernier à Yaoundé, le Festival International La Semaine des Fous du Livre revient du 9 au 12 décembre 2026 pour sa septième édition. Changement de décor, concours inédits et pays invité d'honneur : voici ce qui attend les passionnés du livre, entre ambitions littéraires et enjeux économiques pour la filière.

Une septième édition qui change d'adresse

C'est une habitude qui se brise. Depuis plusieurs années installé au Musée national de Yaoundé, le Festifous migre cette fois vers le Monument de la Réunification, où se tiendront les quatre jours de rencontres, de dédicaces et de débats. Marie Bertille Mawem, présidente du comité d'organisation et fondatrice de l'Association Les Fous du Livre, a présenté les grandes lignes de cette édition lors d'une conférence de presse tenue trois mois avant l'événement, un délai d'annonce qu'elle justifie par la volonté de mobiliser largement écoles, éditeurs et partenaires institutionnels.

L'association qu'elle dirige existe depuis 2018 et porte le Festifous comme sa vitrine annuelle, tout en s'appuyant sur son rôle de coordinatrice nationale du Pôle des Arts Littéraires au ministère camerounais des Arts et de la Culture. D'édition en édition, la manifestation a construit sa réputation sur un mélange de tables rondes professionnelles, de concours littéraires et d'ateliers destinés à la jeunesse.

Le thème 2026 : faire du livre une chaîne économique

Cette année, le comité d'organisation a choisi d'aborder le livre sous un angle rarement mis en avant au Cameroun : « L'industrie du livre au cœur de l'économie créative : de l'inspiration à l'entrepreneuriat ». Un choix que Marie Bertille Mawem revendique sans détour. Le livre, dit-elle, reste une chaîne économique qui tourne peu dans le contexte camerounais, alors qu'il pourrait employer davantage que d'autres secteurs artistiques.

L'affirmation mérite d'être posée dans son contexte. Au Cameroun comme ailleurs en Afrique centrale, la filière du livre souffre d'un maillage fragile entre auteurs, éditeurs, imprimeurs et diffuseurs, et d'une distribution qui peine à sortir des grandes villes. En choisissant l'entrepreneuriat comme fil rouge, le Festifous se positionne moins comme une simple foire aux auteurs que comme un espace de plaidoyer pour structurer un secteur qui reste largement informel.

Des concours en forte hausse, une place pour l'inclusion

Les chiffres avancés lors de la conférence de presse donnent une mesure de l'engouement. Le prix Francis Bebey, qui récompense chaque année un roman camerounais et rend hommage à l'écrivain et musicien disparu en 2001, a reçu 300 manuscrits, dont sept restent en lice. Le concours de poésie a lui aussi connu un bond, avec plus de 180 textes soumis contre une trentaine l'an passé.

Nouveauté annoncée pour cette édition : deux ouvrages écrits par des enfants en situation de handicap intègrent la sélection, dans une logique de concours littéraires désormais pensés comme inclusifs. Ce choix s'inscrit dans une dynamique plus large observée ces dernières années sur le continent, où plusieurs manifestations culturelles francophones font de l'accessibilité et de la représentation du handicap un axe de programmation à part entière, du documentaire au livre jeunesse.

La Côte d'Ivoire à l'honneur, vingt pays attendus

Le Festifous conserve sa dimension panafricaine. Vingt pays sont annoncés pour cette édition, avec un traitement particulier réservé à la Côte d'Ivoire, invitée d'honneur. Deux auteurs incarneront cette édition : le Camerounais Guillaume Nana et l'Ivoirienne Anzata Ouattara. Benjamin Désiré Boidy, diplomate ivoirien, occupera la présidence d'honneur du festival. Il a rappelé, lors d'une prise de parole récente, sa fierté d'y être associé.

Cette proximité avec la Côte d'Ivoire n'est pas nouvelle : Marie Bertille Mawem multiplie depuis plusieurs années les allers-retours entre les deux pays, représentant le Cameroun dans des festivals ivoiriens comme le Festi-Efrouba, une circulation qui a fini par tisser des liens durables entre les scènes littéraires des deux pays.

Ce que le Festifous joue pour la culture camerounaise

Au-delà du programme, l'enjeu dépasse le cercle des amateurs de littérature. Le festival s'inscrit dans un objectif affiché depuis ses premières éditions : faire émerger sur le continent une génération de lecteurs, en écho à l'idéal d'une « Afrique de lecteurs » porté en son temps par Mongo Beti, un horizon que l'association rattache aussi aux figures de Thomas Sankara et Nelson Mandela. Au Cameroun, où la lecture reste concurrencée par d'autres loisirs numériques et où l'école peine parfois à installer durablement le goût du livre, ce type de rendez-vous fonctionne comme un rappel annuel : la culture littéraire ne se maintient pas seule, elle se cultive par des événements, des prix et une présence dans l'espace public.

Le pari entrepreneurial affiché cette année ajoute une dimension supplémentaire. En posant la question de l'emploi et de la valeur économique générée par le livre, le Festifous invite implicitement les pouvoirs publics et les opérateurs privés camerounais à considérer l'édition non plus comme un secteur culturel isolé, mais comme un maillon possible de l'économie créative, un champ où le Cameroun cherche encore ses relais de croissance.

Rendez-vous est donc pris du 9 au 12 décembre au Monument de la Réunification. Reste à voir si cette septième édition parviendra à transformer l'enthousiasme des concours en dynamique durable pour toute une filière.