Cinéma court : les RIFIC sortent d'hibernation et donnent rendez-vous à Yaoundé du 22 au 25 octobre 2026

Les RIFIC reviennent à Yaoundé du 22 au 25 octobre 2026. Programme, hommages et enjeux d'un festival clé pour le court métrage

CINÉMA

Guy Etom

8/31/20264 min read

Applaudissements dans l’auditorium scolaire au RIFIC
Applaudissements dans l’auditorium scolaire au RIFIC

Après plusieurs années de silence, les Rencontres Internationales du Film Court (RIFIC), plus connues sous le nom de « Yaoundé Tout Court », annoncent leur retour. Rendez-vous est donné à Yaoundé du 22 au 25 octobre 2026 pour une édition placée sous le thème « Cinéma court : regards, diversité culturelle et patrimoine ». Au-delà de la fête du septième art, ce come-back interroge la vitalité — et la fragilité — de l'écosystème du court métrage camerounais.

Un retour annoncé après une « période d'hibernation »

C'est une information relayée par Cameroon Tribune fin août 2026. Les RIFIC, festival historique du court métrage camerounais porté depuis le milieu des années 2000 par l'association Sud Plateau, préparent leur grand retour à Yaoundé. Une campagne de communication a été lancée pour annoncer la tenue de l'événement du 22 au 25 octobre prochain, après ce que le quotidien national décrit comme une période d'hibernation du festival.

Le critique de cinéma Martial Nguéa, figure de longue date de l'organisation — il siégeait déjà au sein de l'équipe des RIFIC lors de l'édition 2018 — porte cette fois le projet en tant que promoteur de l'édition 2026.

Trois axes pour une édition qui veut se réinventer

Selon les éléments confirmés par le promoteur, l'édition 2026 s'articule autour de plusieurs temps forts :

  • La compétition officielle, avec remise de prix aux films sélectionnés, cœur historique du festival depuis sa création ;

  • L'opération « 3000 enfants au cinéma », un axe de sensibilisation scolaire porté par la conviction que la vocation cinéphile se cultive dès l'enfance, les écoles étant présentées comme un relais essentiel de cette mission. Un challenge est prévu pour permettre aux enfants de s'exprimer eux-mêmes autour de l'image et de la création ;

  • Une masterclass organisée autour du thème de l'édition, « Cinéma court : regards, diversité culturelle et patrimoine » — une réflexion sur ce qu'un festival, à l'échelle nationale ou panafricaine, propose réellement comme identité culturelle et comme regard sur le monde ;

  • Des hommages rendus à plusieurs figures disparues du cinéma et de la critique culturelle camerounaise : le cinéaste Bassek Ba Kobhio, fondateur du festival Écrans Noirs, Vincent Ndoumbe Douala, Francis Noukiatchom, ainsi que le journaliste et critique d'art Lionel Manga.

Un festival qui a traversé les âges du cinéma camerounais

Nées au milieu des années 2000 sous l'impulsion de l'association Sud Plateau, les RIFIC ont longtemps été le rendez-vous de référence pour un format resté longtemps orphelin d'espaces de diffusion au Cameroun : le court métrage. Le festival a célébré sa 15e édition en 2019, avec un jury présidé par la comédienne guadeloupéenne Nathalie Vairac et une programmation déjà tournée vers la jeunesse à travers l'opération « 3000 enfants au cinéma », signe que cet axe pédagogique est une constante de l'identité du festival plutôt qu'une nouveauté de 2026.

L'édition 2026 s'inscrit donc dans la continuité d'un festival historique, mais le vocabulaire de la « renaissance » employé par ses organisateurs suggère une interruption prolongée dont les causes précises restent, à ce stade, à documenter plus qu'avant.

Les enjeux d'un retour

Ce retour des RIFIC intervient à un moment particulier pour le cinéma camerounais, ce qui donne à cette édition une résonance qui dépasse la simple actualité festivalière.

Une scène plurielle mais dispersée. Le paysage des festivals de court métrage s'est densifié ces dernières années au Cameroun : le Festival International du Court métrage de Douala (FICOD) prépare sa 10e édition sur le thème de l'économie du court métrage, tandis que le YARHA Festival de Yaoundé Reviv'Art entame sa 13e édition. À cela s'ajoute Écrans Noirs, qualifié de plus grand événement cinématographique d'Afrique centrale. Le retour des RIFIC pose donc la question de la coordination entre ces rendez-vous et de leur capacité à se compléter plutôt qu'à se concurrencer pour les mêmes ressources, sponsors, salles, public.

Une question de transmission et de mémoire. Les hommages annoncés à Bassek Ba Kobhio, disparu en mai 2026, et à Lionel Manga, décédé fin 2024, surviennent à un moment de transition générationnelle pour la critique et la réalisation camerounaises. Ces disparitions rappellent la fragilité de la mémoire d'un secteur qui a longtemps reposé sur quelques figures pionnières, et posent la question de la relève.

Le nerf de la guerre : la diffusion. Historiquement, la raison d'être des RIFIC était de donner une existence publique à des films souvent condamnés à l'anonymat faute de salles. Le paysage évolue timidement, avec par exemple l'ouverture en décembre 2025 d'une nouvelle salle à l'Université de Yaoundé I, sur l'ancien site Canal Olympia. Mais la question de la distribution reste posée pour l'ensemble de la production locale, et notamment pour le format court, structurellement moins commercial que le long métrage.

Une jeunesse à former, un public à construire. L'opération « 3000 enfants au cinéma » illustre un enjeu partagé par l'ensemble de l'écosystème culturel camerounais : celui de la formation des publics dès le plus jeune âge, dans un contexte où l'offre culturelle scolaire reste peu structurée. C'est un pari sur le temps long, dont les effets ne se mesureront pas à l'échelle d'une seule édition.

Une identité culturelle à définir. Le thème retenu « regards, diversité culturelle et patrimoine », n'est pas anodin. Il traduit une interrogation plus large, partagée par nombre de rendez-vous culturels africains : comment un festival ancré localement peut-il à la fois défendre un patrimoine et un regard proprement camerounais, tout en s'inscrivant dans une circulation panafricaine et internationale des œuvres ?

Le retour des RIFIC, du 22 au 25 octobre 2026 à Yaoundé, est bien plus qu'un simple redémarrage de calendrier. Il rouvre un débat structurel sur la place du court métrage dans l'écosystème audiovisuel camerounais : sa diffusion, son financement, sa transmission aux nouvelles générations, et sa capacité à dialoguer avec les autres rendez-vous du continent. Reste à voir si cette édition confirmera l'ambition affichée par ses organisateurs, ou si elle ne sera qu'un sursaut ponctuel dans un secteur qui peine à installer une continuité durable.