Au Festival du Peuple Bazou, un lot de Kəukràh vendu aux enchères pour 40 millions de FCFA

C’est l’homme d’affaires Jules François Famawa qui s’est finalement imposé au terme des enchères, remportant cette préparation traditionnelle pour 40 millions de FCFA.

PATRIMOINE

9/7/20263 min read

Au cœur des festivités consacrées au patrimoine du peuple Bazou, dans le département du Ndé, à l’Ouest du Cameroun, une vente aux enchères a créé la surprise. Un lot de Kəukràh, également connu sous le nom de koki, a été adjugé pour la somme spectaculaire de 40 millions de FCFA, transformant ce mets traditionnel en véritable vedette de l’événement.

La scène s’est déroulée dans le cadre du Festival du Peuple Bazou, une rencontre dédiée à la célébration de l’identité, des traditions et du patrimoine de cette communauté de l’Ouest camerounais. La vente aux enchères, organisée parmi les différentes activités du festival, a rapidement attiré l’attention du public en raison du montant exceptionnel atteint par le lot.

C’est l’homme d’affaires Jules François Famawa qui s’est finalement imposé au terme des enchères, remportant cette préparation traditionnelle pour 40 millions de FCFA. Une somme pour le moins inhabituelle pour un plat cuisiné, qui a naturellement suscité de nombreuses réactions et interrogations sur les réseaux sociaux.

Mais derrière ce montant spectaculaire se trouve surtout un produit profondément enraciné dans les traditions culinaires locales.

Dans la communauté Bazou, le mets est appelé Kəukràh, une appellation qui rappelle l’importance des langues et des particularités culturelles dans la transmission du patrimoine. Lors de la vente, l’acquéreur a d’ailleurs tenu à rappeler cette spécificité en soulignant que, dans sa tradition, on ne parle pas simplement de « koki », mais bien de « Kəukràh ».

Cette précision témoigne de la richesse du patrimoine culinaire camerounais, où un même plat peut porter différentes appellations selon les communautés et les régions. Derrière les recettes se cachent ainsi des histoires, des pratiques et des identités qui se transmettent principalement par la famille et la communauté.

La préparation du Kəukràh constitue elle-même un savoir-faire traditionnel. La réalisation de ce type de mets demande du temps, de la maîtrise et une connaissance précise des méthodes culinaires héritées des générations précédentes. Les ingrédients, leur préparation, les techniques de cuisson et la manière de présenter le plat participent tous à la construction de cette identité gastronomique.

Lors de cette édition du festival, les reines mères chargées de préparer le mets ont également été saluées pour leur contribution. Leur participation rappelle le rôle essentiel des détentrices de savoir-faire dans la conservation et la transmission des traditions culinaires.

Au-delà de la valeur financière attribuée au lot lors de cette enchère, l’événement met ainsi en lumière une autre dimension du patrimoine : la capacité d’un mets traditionnel à devenir un symbole de mémoire et d’appartenance.

Les festivals culturels jouent justement un rôle important dans cette transmission. Ils permettent aux générations plus jeunes de découvrir les pratiques de leurs aînés, tout en offrant aux visiteurs l’occasion de mieux comprendre les particularités culturelles d'une communauté. Gastronomie, musique, danse, artisanat, vêtements traditionnels et récits historiques peuvent alors se retrouver au même endroit et former une véritable vitrine du patrimoine local.

La vente du Kəukràh pour 40 millions de FCFA restera certainement comme l’un des moments les plus marquants de cette édition du Festival du Peuple Bazou. Si le montant a surpris, il aura surtout permis de braquer les projecteurs sur un élément du patrimoine culinaire qui mérite d’être davantage connu.

Car au-delà de l’enchère et de son prix spectaculaire, cette histoire raconte avant tout celle d’un plat qui traverse les générations. Un plat préparé selon des pratiques héritées, porté par la mémoire collective et associé à une identité culturelle particulière.

À travers ce genre d’initiative, les traditions culinaires camerounaises trouvent de nouveaux espaces pour être célébrées et transmises. Le Kəukràh en est une belle illustration : simple mets traditionnel en apparence, il devient, le temps d’un festival, le symbole d’un patrimoine vivant qui continue de susciter curiosité, fierté et admiration.

À Bazou, la gastronomie s’est donc invitée au cœur de la fête et a rappelé que le patrimoine culturel ne se trouve pas uniquement dans les monuments ou les œuvres d’art. Il peut aussi se retrouver dans une recette, un nom, un geste transmis ou une préparation réalisée avec patience. Et parfois, une assiette suffit pour raconter toute une histoire.