Arts visuels : Marie-Francine Dongmo ouvre sa tournée nationale avec « Mémoire matricielle »

Marie-Francine Dongmo lance sa tournée nationale CCN 2026 avec « Mémoire matricielle », exposition sur les archives invisibles du vivant, à Abali Gallery.

VERNISSAGE

Guy Etom

9/22/20263 min read

L'artiste plasticienne camerounaise Marie-Francine Dongmo a lancé, samedi 19 septembre 2026 à Yaoundé, la tournée nationale qui accompagne sa distinction dans la catégorie Arts visuels du Cameroonian Cultural Network (CCN) 2026. Le vernissage de son exposition « Mémoire matricielle : Archives invisibles du vivant » s'est tenu à Abali Gallery, galerie d'art contemporain de l'avenue de l'Indépendance devenue, ces dernières années, l'un des points de passage réguliers de la scène artistique de la capitale.

Une pratique construite autour de la mémoire et de la fragilité

Née en 1990, Marie-Francine Dongmo vit et travaille à Yaoundé. Son travail présente la résilience comme un outil d'adaptation, de résistance et de maintien de l'équilibre dans une société souvent soumise à la crise. Elle interroge la manière dont la fragilité des jeunes se soumet à un climat sociopolitique tendu, et cherche à mettre en lumière la mesure dans laquelle les défaillances de l'éducation constituent un frein au développement de l'individu dans la société. Cette attention portée à la jeunesse traverse une œuvre qui pose, plus largement, la question de l'espoir et de la survie dans un monde en mutation constante.

Le titre choisi pour cette nouvelle exposition, « Archives invisibles du vivant », prolonge cette démarche en la déplaçant sur le terrain de la mémoire : celle qui ne figure dans aucun registre officiel, celle des corps, des gestes et des transmissions qui se logent ailleurs que dans les documents. Le mot « matricielle » renvoie à une mémoire fondatrice, transmise avant même d'être consciente, souvent portée par les femmes dans les sociétés camerounaises.

Une reconnaissance inscrite dans la dynamique du CCN

Le Cameroonian Cultural Network est une plateforme lancée en 2022 par huit acteurs camerounais et européens, avec pour ambition d'accroître la mobilité des productions artistiques à travers le pays et de professionnaliser l'écosystème culturel national. Chaque édition sélectionne des lauréats dans plusieurs disciplines (arts visuels, danse, musique, théâtre, arts déclamatoires) qui bénéficient ensuite d'une tournée dans les espaces culturels partenaires du réseau, répartis sur l'ensemble du territoire.

Pour Marie-Francine Dongmo, le vernissage d'Abali Gallery marque le point de départ de ce parcours. Le mécanisme du CCN, tel qu'il fonctionne depuis ses premières éditions, prévoit généralement trois à quatre dates dans des villes différentes entre juin et novembre, ce qui devrait conduire l'exposition au-delà de Yaoundé dans les prochains mois, sans que le calendrier détaillé des étapes suivantes soit encore public à ce stade.

Ce que cette exposition dit du moment culturel camerounais

L'émergence d'un réseau comme le CCN répond à une difficulté ancienne du secteur culturel camerounais : la quasi-absence de circuits de diffusion reliant les villes entre elles, qui condamnait longtemps les artistes à ne montrer leur travail qu'à Yaoundé ou Douala, quand ils y parvenaient. En organisant la mobilité des œuvres vers des villes secondaires, le dispositif contribue à redistribuer une visibilité jusque-là très concentrée.

Le choix d'une thématique mémorielle s'inscrit par ailleurs dans une préoccupation plus large de la création contemporaine africaine, où la question de l'archive occupe une place croissante face à des récits historiques largement écrits depuis l'extérieur du continent. Travailler sur ce que la mémoire vivante conserve, en dehors des sources écrites, revient à revendiquer une autre manière de faire l'histoire, portée par les corps et les transmissions orales plutôt que par les seuls documents.

À cela s'ajoute la dimension générationnelle déjà présente dans le travail de Marie-Francine Dongmo. En reliant la question des archives invisibles à celle de la jeunesse et de l'éducation, l'exposition rejoint des débats bien concrets sur la place laissée aux nouvelles générations dans la transmission d'une mémoire collective camerounaise encore largement à écrire.

Avec « Mémoire matricielle », Marie-Francine Dongmo ouvre un chapitre qui dépasse le cadre d'une simple exposition individuelle. Elle inaugure une tournée conçue pour porter cette réflexion sur la mémoire au-delà de Yaoundé, dans le sillage d'un réseau qui a fait de la circulation des œuvres l'un des leviers de structuration du secteur culturel camerounais.