« La Voix de l'Espoir » : quand la jeunesse camerounaise plaide pour l'eau
Retour sur la finale de la 2e édition du concours de plaidoirie « La Voix de l'Espoir » à Yaoundé, où de jeunes orateurs ont défendu la cause de l'eau au Cameroun.
ART ORATOIRE


La Case d'Eden, au quartier Bastos à Yaoundé, a accueilli le 22 août dernier la finale de la deuxième édition du concours de plaidoirie « La Voix de l'Espoir ». Organisée par Humani'Sphère, la compétition a réuni des jeunes venus défendre, à tour de rôle, une cause commune : l'accès à l'eau. Au terme des prestations, Germain Eloundou a décroché la première place, devant Emilie Bou Guem.
Une finale au bout d'un long parcours de sélection
Avant d'atteindre la scène de Bastos, les candidats sont passés par plusieurs étapes de sélection. La demi-finale, elle, a réuni douze orateurs venus confronter leurs arguments autour d'une même phrase : la crise de l'eau est aussi une crise contre l'humanité. Six d'entre eux ont franchi le cap de la finale.
Costumes soignés, notes en main, voix posées : chaque finaliste disposait de quelques minutes pour convaincre un jury d'experts. Justice sociale, santé publique, équité, dignité humaine, responsabilité collective : les angles choisis variaient, mais le fil conducteur restait le même, celui d'une ressource vitale que des millions de Camerounais peinent encore à obtenir.
Germain Eloundou a remporté la première place. Il repart avec un téléviseur, un abonnement Netflix et un livre. Emilie Bou Guem termine deuxième et reçoit un trophée, assorti d'un bon d'achat de 25 000 francs CFA.
Humani'Sphère, une plateforme pour la parole engagée
Derrière l'événement se trouve Humani'Sphère, une organisation qui mise sur l'art oratoire pour porter des causes sociales auprès des jeunes. Le concours s'inscrit dans une série d'initiatives similaires portées par la structure, notamment autour du plaidoyer pour les droits humains, et s'appuie sur des partenariats avec des établissements d'enseignement supérieur, dont l'ESIFPrepa et SKEMA Business School ont fait partie ces derniers mois.
Le choix du thème de l'eau n'a rien d'anodin. Selon l'Institut national de la statistique et Camwater, près de 71 % des Camerounais dépendent encore de sources alternatives, souvent insalubres, pour s'approvisionner. Seuls 29 % des ménages sont raccordés au réseau public. Un rapport conjoint de l'OMS et de l'UNICEF évaluait déjà à 34 % la part de la population, soit environ 9 millions de personnes, privée d'un accès géré en toute sécurité, avec un écart marqué entre zones urbaines et rurales. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où la crise anglophone complique l'accès aux services de base, l'UNICEF recensait mi-2025 plus de 2,9 millions de personnes sans eau potable.
Ce que révèle un tel concours sur le Cameroun d'aujourd'hui
Un concours de plaidoirie n'est jamais qu'un exercice de style. Il met en scène la capacité d'une génération à s'emparer, avec ses propres mots, des problèmes qui traversent son pays. Au Cameroun, où les canaux traditionnels de participation citoyenne restent souvent verrouillés pour les jeunes, la tribune que constitue « La Voix de l'Espoir » offre un espace rare : celui où l'on peut nommer une injustice devant un public, sans filtre institutionnel.
Le choix de l'eau comme thème rejoint des priorités affichées au sommet de l'État. Le Pacte national pour la gestion du secteur de l'eau, censé couvrir la période 2026-2030, fixe justement l'accès universel comme horizon. Entre les discours officiels et le porte-à-porte quotidien pour remplir un bidon, l'écart reste cependant important pour une bonne partie de la population. C'est cet écart que les six finalistes ont tenté de mettre en mots, chacun avec sa sensibilité.
Ce type d'initiative participe aussi à une dynamique plus large observée ces dernières années au Cameroun et dans la sous-région : la multiplication des concours d'éloquence et de plaidoyer portés par des ONG ou des délégations diplomatiques, souvent adossés aux droits humains ou aux grandes causes sociales. Ils forment des orateurs, mais surtout une génération plus à l'aise pour porter la contradiction en public, une compétence qui manque cruellement dans un espace civique encore timide.
