« Abaza » : une nouvelle vitrine internationale pour un cinéma camerounais en quête de reconnaissance

Le documentaire « Abaza » du Camerounais Joseph Kadjinadar rejoint la sélection officielle de l'EAFF après Stockholm. Enjeux pour le cinéma national.

CINÉMA

Guy Etom

9/22/20262 min read

Abaza documentaire Joseph Kadjinadar
Abaza documentaire Joseph Kadjinadar

Le documentaire « Abaza » du réalisateur camerounais Joseph Kadjinadar poursuit sa course sur la scène internationale. Après une première sélection au Festival du film de Stockholm, en Suède, l'œuvre figure désormais parmi les sélections officielles du Festival du film égypto-américain (EAFF), qui tiendra sa 6ᵉ édition prochainement. Deux passages en festival en quelques mois, pour un film qui confirme, à sa mesure, que le cinéma documentaire camerounais peut trouver un écho au-delà des circuits habituels.

L'EAFF s'est construit depuis sa création comme un pont entre les cinématographies égyptienne, arabe et africaine et le public nord-américain, à travers compétitions, ateliers et projections curées à New York et dans d'autres villes de la côte est. Que « Abaza » y soit retenu place le film dans une conversation plus large sur la place du continent dans cette programmation, à un moment où plusieurs festivals de la diaspora arabe et africaine cherchent à élargir leur regard au-delà de l'Égypte et du Maghreb.

Joseph Kadjinadar n'en est pas à son coup d'essai. Le cinéaste évolue depuis plusieurs années dans l'univers du cinéma camerounais, et son parcours porte la marque de « Hérodé – Scarification », court-métrage de 15 minutes présenté en compétition au festival Yarha en 2024. La Semaine internationale du premier film Yarha, organisée à Yaoundé sous l'impulsion de sa promotrice Sylvie Nwet, en était alors à sa 10ᵉ édition et avait fait de la représentation de la femme au cinéma le fil rouge de ses débats. Y présenter un film sur la scarification, pratique corporelle chargée de sens identitaire dans plusieurs cultures d'Afrique centrale, s'inscrivait dans cette continuité de questionnement sur le corps, la tradition et la mémoire.

Le passage de Kadjinadar du court au documentaire, et d'un festival local à des scènes suédoise puis égypto-américaine, illustre une trajectoire que peu de cinéastes camerounais parviennent à emprunter avec autant de régularité. Le cinéma du pays reste marqué par une production limitée, une distribution fragile et un accès aux financements internationaux difficile à obtenir pour les réalisateurs qui n'appartiennent pas aux réseaux déjà établis à Douala ou Yaoundé, encore moins à Paris ou Bruxelles.

C'est précisément ce qui donne du poids à cette double sélection. Chaque nomination à l'étranger fonctionne comme un argument de plus pour convaincre producteurs, bailleurs et institutions culturelles que les films camerounais méritent un accompagnement plus structuré. Elle vient aussi rappeler, à un moment où le pays cherche à consolider son image culturelle sur la scène internationale, que cette image peut aussi se construire par le documentaire, un genre longtemps resté en retrait derrière la fiction et le divertissement dans les priorités de financement locales.

Reste la question de la suite. Une sélection officielle ouvre des portes, mais ne garantit ni distribution, ni visibilité durable, ni retombées concrètes pour l'auteur ou pour l'écosystème dont il est issu. L'enjeu, pour le cinéma camerounais, sera de transformer ces apparitions ponctuelles en festival en une présence installée, capable de peser dans les discussions sur le financement et la coproduction avec les partenaires du Nord comme avec ceux du monde arabe.